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.: La ville des Orphelins :.
 
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:: Happily Ever After ::

 
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Innocence Takahashi
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Innocence
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MessagePosté le: 12/09/2009 10:25:29    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

Les souvenirs qui s'effacent dans un dernier soupir ...


Je regarde de mes doigts d'albâtre s'envoler les derniers vestiges d'un temps révolu pour moi. C'est un morceau de mon coeur que je laisse ainsi s'enfuir. Une douce mélopée de souvenirs. Si douce à mon oreille qu'elle m'en fendrait presque l'âme. Ces petits bouts de cartons, si précieux autrefois, je les donne en une dernière offrande à notre dieu. Notre dieu ... Tout ça me semble si lointain. Alors qu'il y a seulement quelques mois, je croyais encore en toi. Cette carte. Mon joker que j'ai réduit en lambeaux pour effacer à jamais l'illusion blafarde de mon existence. Adieu mon tendre ami. Adieu. Je n'ai plus assez de force pour croire que mes ailes ne se sont pas brisées. Je ne veux plus bâtir ma vie sur ce fil à peine tendu, si fragile qu'il casse au moindre coup. Pas après tout ce qui est arrivé. Je n'ai plus le choix désormais. Je ne peux rien faire d'autre qu'avancer dans cette obscurité latente. J'ai peur, parce que je me sais seul, abandonné de tous. Je n'aurais jamais cru cette échéance si vite arrivée. Mais cela dit tout est illogique ici. Je ne devrais même pas être surpris. Un léger rire cristallin fendille le silence tranquille du lieu. Cette situation est ironique. Je dois admettre que je ne pensais pas grandir si vite ... Grandir ? Non. J'ai simplement peur. Et c'est elle qui me pousse si loin vers la maturité. J'ai peur ...

Mes yeux clairs fixent l'horizon, cette immensité bleue sans rien qui ne l'arrête. C'est incroyablement beau. A en mourir, presque. Je voudrais pleurer. Pleurer jusqu'à m'en damner. Jusqu'à ce que mes yeux s'assèchent. Je n'y arrive pas. Aucune tristesse ne vient me broyer le coeur. Juste la nostalgie d'un moment que je ne peux plus goûter. Alors je cligne des yeux. Renversant mon visage pour l'offrir au ciel. J'imagine sans peine l'eau salée dévaler mon visage, et s'échouer en gouttes épars sur le béton du toit. Il n'y a rien. Pas un seul élan de tristesse. A quoi bon s'apitoyer quand il n'y a plus rien à pleurer. Mes espoirs, ma vie insouciante, mon plaisir de voler. J'ai tout perdu. Absolument tout. Il ne reste qu'un vague murmure à peine audible. Je n'ai plus d'avenir dans ce monde. Plus aucun. L'écho d'un passé sans raison ni sens.

Je sens encore les regards des Orphelins se poser sur moi. Eux, si jeunes et pourtant si cruels. Mais l'apanage de la jeunesse est sans doute cette humeur impitoyable. Je ne peux pas leur en vouloir d'avoir eu peur. Ici le danger est partout. Derrière le plus tendre des visages, se cachent souvent le démon. Mais maintenant je ne le crains plus, depuis que je l'ai croisé lui ma vision des choses s'est sans doute altérée. Je souris ironiquement, en massant ma joue rendues douloureuses par les coups. Je devine que bientôt un bleu l'ornera. C'est étrange. Pourtant je n'ai pas l'air si vieux, loin de là. Quoique j'ai moi-même oublié depuis combien de temps je suis là. C'est surprenant à quel point les toits nous volent nos âges, effaçant la vieillesse de nos corps, si bien qu'il est difficile de se rappeler depuis quand nous errons. Je sais que ça ne fait pas si longtemps, et je n'ai pas atteint la date fatidique. Mais ces Orphelins ont supposé le contraire. A présent je ne peux plus retourner à Diamonds sans craindre qu'ils me retrouvent. Peut-être est-ce ce que j'ai toujours attendu finalement. Un moyen de m'échapper de ce cycle. De m'envoler à nouveau sans que ce ne soit le dernier. Ce n'est pas dans l'espoir d'achever ma vie que je suis venu ici. Je n'en ai plus l'intention. Même si pour cela je dois sans cesse bouger, errer d'un quartier à l'autre, sans un endroit que je ne puisse appeler un chez moi. Je le ferai, malgré tout le malheur auquel je me promets. Ici, dans mon coeur palpitant, je ferai vivre le souvenir de mon amour perdu.

Azusa ...


Où es-tu à présent ? Que fais-tu ? Je me demande bien ce que tu penserais de ma situation. Je t'entends encore me dire que toi, tu ne deviendrais pas l'un des leurs. Que jamais tu ne te ferais appeler Poursuivant. Alors dis-moi, que dois-je faire ? Je n'appartiens plus ni à l'un ou l'autre camp. Jamais je ne souhaiterai faire de mal à un Orphelin. Et surtout pas pour vivre plus confortablement. Aussi rude soit-elle, j'ai aimé mon existence sur les toits. Je ne l'aurais échangé pour rien au monde. Même face à leur cruauté, j'ai foi en eux. Pourquoi ? Parce que je songe à ce que j'ai vécu autrefois. Le bonheur est si fragile, n'est-ce pas Azusa ? Je veux au moins préserver le leur. Alors je regarde s'envoler les derniers morceaux de cartes. C'est une belle fin je trouve pour tous ces souvenirs. A présent je suis libre de me défaire de cette ancienne vie. D'endosser un nouveau rôle, j'y ai choisi l'errance, Azusa. Mon coeur appartient certes à Diamonds, mais je crois qu'il est temps que je parte de ce lieu. Tu es encore présent là-bas, et je ne veux plus souffrir. Pourtant je n'affectionne pas tant que ça la foule, mais ce sera sans doute le meilleur moyen pour me perdre parmi les Orphelins. Tu sais ... Je sens encore ta présence parfois. J'ai l'impression que tu es là, tout près. Que tu me regardes avec cette expression énigmatique et amusée. C'était des moments heureux. Je n'oublierai sans doute jamais le jour où nous nous sommes vus. Un sourire grandit sur mes lèvres.

Je sais à présent ...


Je sais ce que je dois faire, ce que mon coeur me dicte si ardemment désormais. Je crois que ... Que j'aiderai au mieux ceux qui auront besoin d'une aile réconfortante. Peut importe si je ne récolte que des coups en remerciement. Je veux poursuivre ce que j'ai commencé avec toi Azusa. Protéger les Orphelins qui me quémanderont. Secourir d'une main honorable sans jamais rien demander en retour, et s'effacer lorsque le besoin sera absent. Sans attaches. Et ce pour toujours. C'est peut-être une vision idéalisée de mon avenir, mais je ne veux pas partir sans ne rien avoir accompli. Sans rien avoir donné d'autre que mes rêveries. Je reste un habitant de Diamonds, cependant le temps de l'insouciance est révolu. Un visage parfaitement calme, un moue toujours apaisante. Je leur donnerai, même si je devais être sur le point de mourir, je continuerai à sourire. Je t'ai assez pleuré Azusa. Je me suis assez lamenté sur mes malheurs. Aujourd'hui, j'ai enterré symboliquement mes larmes et ma douleur. Je te le promets Azusa, plus jamais tu n'auras à voir mes sanglots sans pouvoir rien y faire. Toi, tu restes mon seul compagnon. Une ombre qui me suit, et m'enveloppe de tes ailes sombres.

Je te le promets ...


Les oiseaux s'agitent autour de cette immense trou béant. L'odeur de puanteur est atroce si tu savais. Mais voir ces monceaux de cadavres ne m'écoeurent pas. Non. En fait je suis triste pour eux. Triste d'admirer toutes ces vies gâchées, jetés au vent alors que sans doute la plupart n'avait pas atteint l'âge. Comme moi. Sauf que je ne me jetterai pas. Je dois accomplir mon destin, et vivre jusqu'à ce que la maladie m'emporte. J'ignore combien de temps il me reste. Mon asthme finira par m'achever, je le sais. Mais jusqu'à ce tout dernier instant, je continuerai à vivre, et à voler.

Je contemple un oiseau s'acharner sur un lambeaux de chair. Voilà déjà quelques minutes qu'il tente de le gober. Je me demande pourquoi il ne va pas s'en prendre à un autre cadavre un peu moins récalcitrant. Ce n'est pourtant pas la viande qui manque. Pourtant, je dois reconnaître que son acharnement est louable. Finalement il réussi en s'en emparer et s'envole rejoindre ses frères. Les voir, ainsi voler ensembles, me ramène inexorablement vers la solitude que je me destine. Il n'y aura personne pour sauver ma vie lorsque je n'irais pas bien. Tant pis. J'ai choisi de m'aventurer sur ce tortueux chemin, et je ne reculerai pas. M'asseyant au bord du charnier, je laisse mes jambes se balancer dans le vide, tout en fredonnant un air d'autrefois. Une vieille boîte à musique qui trônait à mon chevet. Tout ça me semble si loin. Mais je ne suis plus triste, je me sens même étrangement apaisé. Un sourire ourle mes lèvres. Le vent joue avec mes mèches sombres comme il l'a toujours fait. La vie sera différente à présent, mais sans doute pas exempte de merveilleux moments. Je ne suis pas encore assez vieux pour que mon apparence me trahisse. Mais peut-être ... Peut-être que cette lueur qui habite mes prunelles révélera malgré moi la terrible vérité. Je ne suis plus un Orphelin, pas plus que je ne suis un Poursuivant. Pourtant je me sens toujours proches de ces enfants. Je ne désir pas fuir leur présence.

Je resterai Azusa.

Je resterai ici, sur ces toits. Sans jamais chercher à me dissimuler des regards. Je n'ai plus peur. Elle s'est enfuit en même temps que mes larmes.

Cependant,
Pour toujours et à jamais, mon âme appartiendra à,

Diamonds.



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MessagePosté le: 12/09/2009 10:25:29    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 12/09/2009 20:51:59    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

    Tout les chats vous le diront ; dormir c'est le Bien. Avec un B majuscule, parce qu'aussi divin que le Vent, la Pluie, le Ciel... La sensation de bien-être qu'on a quand on s'étire ne devrait pas exister, c'était presque insoutenable.

    C'est sur ces pensées hautement philosophiques que Chester s'étirait. Oh certes il était loin de se prendre pour un chat ou de se comparer aux félins, mais il comprenait profondément ces bestioles qui dormaient les trois quart du temps. Le lit ce Chess consistait en un trou carré dans le sol complètement rempli de coussins et de couvertures épaisses. Peu d'Orphelins pouvaient se vanter de dormir aussi confortablement. Ha le contact de la peau fatiguée contre le béton rugueux, les cailloux incrustés dans la chair, les os si peu isolés par une couche de graisse inexistante en communion directe avec le froid du sol. Ces pauvres choses.
    Chester s'étira une deuxième fois, pour le plaisir, et attrapa un petit papier en glissant la main sous son casque de vieux cuir, se grattant les cheveux. Relativement peu de travail en ce moment, juste ce type bizarre d'Ace qui cherchait un gamin bien particulier. Un travail pas urgent et pas vraiment trépidant non plus.

    Il faudrait de quoi faire passer cette journée.

    Chester grignottait des gâteaux secs en finissant d'attacher ses chaussures, les lacets étant toujours un rituel très complexe à accomplir quand il se levait, à savoir vers midi. Une fois ses deux chaussures fixées de façon satisfaisante par un empilement complexe de noeuds et de boucles, il s'élança de toits en toit pour "faire un tour". Heart était l'endroit où il avait le plus de monde, en général on trouvait facilement de quoi se distraire là bas. A Diamonds on trouvait des souffre-douleurs, des personnes dont le visage crie en permanence "martyrise-moi". Il aimait Diamonds, il décida d'y aller, dans l'espoir de trouver une petite souris trop distraite pour retourner dans son trou. C'est qu'ils savaient se cacher les enfants d'ici.

    Après plusieurs heures à arpenter les toits, Chester tapota le "sol" du bout de sa chaussure, dans l'espoir vague de déceler un espace creux. Peine perdue. Ses cheveux qui dégringolaient jusqu'au bas de son dos se balançaient doucement dans la brise, soulignant la réflexion rêveuse de leur propriétaire. Dans ce quartier à certaines heures de la journée le soleil jouait sur les parois de verre des buildings, ça attrapait le regard, ça brillait... Y rajouter le ciel et le vent avait tendance à plonger n'importe qui dans une sorte de léthargie pensive. Qui suis-je ? Pourquoi suis-je né ?
    Chess ne remuait pas ces questions mais avait le même regard vague que les penseurs. Il se détourna sans vraiment regarder où il allait, et finit par croiser un groupe d'Orphelin. Ce qui était totalement inintéressant, il lui fallait un individu isolé, les grappes de personnes c'était le Mal, à l'opposé de s'étirer le matin.
    A ce qu'il en comprit ils avaient essayé de chasser quelqu'un. Eyh, ça c'était bon.

    Il repartit en courant, laissant ses cheveux battre sur ses épaules à la cadence de ses pas.



    L'odeur ne trompait pas. Il se rapprochait du Charnier. Vraiment charmant, peut-être arrivait-il trop tard ? Non, la personne qui contemplait la décharge humaine était debout et manifestement encore vivante. Un Orphelin, ni grand, ni vaiment musclé... il n'avait même pas les traits durs. Il n'appartenait certainement pas à Clubs dont il pouvait s'approcher sans craindre de se faire lacérer le visage sans aucun motif. Un, deux, trois pas. Et ses grosses chaussures se stoppèrent à quelque distance. Ses iris sang parcoururent le garçon des épaules aux chevilles, cherchant sur son corps toutes les informations qu'il pouvait y trouver.

    - Tu te prépares à mourir ? demanda-t-il simplement.

    Parce que si c'était le cas il n'allait pas perdre son temps à rester là.

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MessagePosté le: 13/09/2009 11:31:18    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

Un tintement, si léger qu'il m'est à peine audible.


Je baisse la tête. Mes yeux s'arrêtent sur la courbe argenté d'un grelot sans âge. Il est retenu à mon poignet par un léger ruban, dont la couleur devient improbable avec les rayons déclinants du jour. Je l'ai noué si fort qu'il m'est impossible de le perdre. C'est peut-être idiot pour certain, mais j'attache une valeur sentimentale à ce cadeau. Il m'est précieux, autant que mes souvenirs. Je ne m'en séparerai pour rien au monde. Et sans doute que rien ne me ferai plus de peine que de le perdre idiotement en ces lieux. Pourtant un grelot, c'est tout ce qu'on ne veut pas. Lui et moi nous sommes semblables. Cet objet, à cause de son tintement mélodieux, trahit certes ma présence aussi sûrement que le corbeau vient nous bercer de son chant à l'aube du jour. Mais ce n'est pas comme si je cherche à me dissimuler. Bien au contraire. Je ne crains plus les poursuivants depuis cette rencontre. A quoi bon être effrayé par l'inévitable. Ils font partis de ma vie comme je fais parti de la leur. Nos confrontations sont inéluctables. Ma seule force réside dans mes jambes, et j'ai foi en elles. Jusqu'à présent je n'ai pas été trahit, même si je déplore leur faiblesse depuis ma chute de la plate-forme. Je ne l'ai pas soigné, j'aurais peut-être du. A présent c'est trop tard. J'en souffrirai probablement jusqu'à mon dernier souffle. Tant pis. Cette couardise d'approcher Hearts m'a coûté cher. Je ne peux plus rien y faire. Un soupire. Je glisse mes doigts dans ma chevelure sombre, l'écartant de mon visage laiteux pour en dévoiler les prunelles océan.

Mes pensées s'égarent au loin. Loin de cette vie, de ce charnier et de son épouvantable puanteur. En fixant le ciel, je repense à lui, au gré de mes rêves. Kami-sama. Ce petit objet me ramène toujours à lui. Dès qu'il teinte gaiement au moindre mouvement, je le revois assit près de moi. Je revois celui que j'ai prit pour mon très cher Franck. Je songe à son visage opalin, ces yeux d'un surprenant émeraude. Je dessine mentalement les courbes de son corps serties d'un vêtement improbable. Nous n'avons pas beaucoup discuté. Mais le peu de temps que j'ai passé en sa compagnie me fut agréable. Un sourire. Je le respecte comme on un respecte un Dieu. Ce cadeau en est presque devenu divin. J'ignore si il me portera malheur. Mais finalement peu importe. Je ne suis plus un Orphelin. Quand bien même les Poursuivants sont de dangereux adversaires, mon regard trahira certainement ce que je suis vraiment. Quoique rien ne les a vraiment arrêté jusqu'à présent.

" Tu te prépares à mourir " ?

Un voix cristalline s'élève derrière moi. Elle me semble irréelle, touchante, troublante. Pourtant je ne me retourne pas, me contentant de fixer le vide en dessous de moi. Je ne cherche pas à vexer cette personne, ou quoi que ce soit d'autre. Je prolonge simplement ma rêverie avant de retourner dans ce monde devenu presque inconnu pour moi. Inconnu. C'est vrai, je ne peux le nier. Je suis comme Alice, passé de l'autre côté du miroir. J'y ai découvert une face des toits que je n'aurais jamais cru soupçonnable. Ca me rend presque triste, et nostalgique de ce temps où tout n'était qu'insouciance et songes. C'est étrange, j'étais trop absorbé pour l'avoir entendu venir. Un sourire s'étire sur mes lèvres. Je suis là, tanguant sur un fil si peu solide. Faible, accablant presque de tristesse et entièrement soumis au destin que l'existence me réserve. Me poussera t-il dans le dos ? Pourquoi pas finalement. Ca lui serait si facile. Je prendrai un dernier et pitoyable envol pour venir m'écraser entre les chairs de ces malheureux Orphelins. Je m'éclaterai entre leur bras, et mourrai, étouffé par la puanteur de ces lieux. Je me rends compte à quel point la vie ne tient à rien. Il en a été de même pour toi, n'est-ce pas Azusa ?

" Non ... "

Un simple murmure que je laisse glisser hors de mes lèvres. Ma voix est si calme que j'en suis presque surprit. Le vent souffle. Je me retourne enfin pour rencontrer celui à qui appartient cette charmante voix. Mes yeux s'arrête sur la courbe d'un visage enfantin, d'une couleur aussi pale que les nuages. Je remonte vers ces yeux vermillons aussi pénétrants et cruels que celui d'un enfant. Curieux comme couleur. Mon sourire s'agrandit alors que j'admire ce qui lui sert de couvre-chef. Il me semble inoffensif, pourtant je décèle derrière cette moue charmante quelque chose qui me gêne. Je ne saurais dire quoi. Mais ici sur les toits, le plus terrible des diables se cache parfois derrière la frimousse la plus innocente. Ma tête se penche sur le côté. Mon expression est calme, semblable à celle des autres jours. Je te l'ai promis Azusa, je ne pleurerai plus. Regardes. Je souris. Le vent soulève soudain quelques mèches claires du nouveau venu. Je les contemple jouer avec lui pour retomber gracieusement contre les épaules frêles du garçon. Je ne l'ai jamais vu auparavant, et pas même le murmure du vent n'est capable de me fournir une réponse. Je hausse les épaules. A quoi bon puisque je n'ai guère le projet de m'éterniser ici. Avec ces Orphelins qui me cherchent, je ne peux faire autrement. Venir ici c'est comme leur donner le bâton pour me frapper avec.

Un rire, aussi léger que cristallin.

Mes bras s'étendent soudain au dessus de mon visage et je m'étire tel un félin, ravivant pour quelques instants mes membres douloureux. Je grogne presque de satisfaction puis je viens m'asseoir sur le béton froid du toit, croisant les jambes dans une position assez improbable. Je m'attarde sur le corps famélique du nouveau venu. Je serais bien incapable de lui donner un âge. Comme il est difficile aux autres Orphelins de deviner le mien. Mon sourire s'étire, pétrifiant mon visage dans une moue apaisante et apaisé. Je ne me sens pas en danger. Pourtant je devrais. Mais je dois dire que je suis intrigué par ce petit bout d'enfant. Il est ma première rencontre depuis que je l'ai vu lui. Puis quittant ses prunelles écarlates, je me laisse tomber sur le dos. Mon regard se perd dans ce ciel azuré. Les nuages s'y effilochent comme un millier de boules de coton. Aujourd'hui j'ai offert mon passé à ce lieu, pour l'oublier, le laisser loin et avancer telle une ombre bienveillante. Je deviendrai ce fantôme que tous croiseront un jour sans ne jamais rien se rappeler de lui. Rien mis à part sa bonté. Ma vision idéaliste m'arrache un léger rire. Mon âme est paisible.

" Je suis juste venu dire adieu à quelques souvenirs. "

Je marque une pause. Une simple mesure dans ma voix cristalline.

Azusa, tu me manques.


" Et toi, que viens-tu faire ici ? "

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MessagePosté le: 15/09/2009 17:01:09    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

    Dire adieu à quelques souvenirs ? Chester étrécit les yeux. S'il ne voulait pas mourir c'était soit qu'il était trop jeune, soit qu'il était sur le point de se parjurer. Chess' n'avait rien contre les parjures, c'étaient des clients comme des autres, quoique plus souvent des proies très demandées. Des Orphelins bien sûr.
    Alors qu'il pensait à s'il devait au juste suivre cet adolescent pour voir où il se terrait, ses yeux s'étaient fixés sur un détail. Un détails accroché au poignet, il mit de longues minutes à se rendre compte qu'il le fixait. Un grelot certes abimé mais. Mais ça c'était presque inquiétant. Parce quoi "il" avait croisé sa route, soit l'autre Orphelin avait simplement un goût prononcé pour les choses tintantes.
    ...
    Qui sur les toits aimaient les choses carillonantes ?
    A part les taré et les habitants de Diamonds, ce qui revenait presque au même. Peut-être que pour cette fois il serait plus prudent de ne pas monter des plans trop vite. Pas "qu'il" s'attachait facilement et serait prêt à se mettre en colère, mais ce n'était pas quelque chose que Chester allait parier à pile ou face.

    Ce qu'il faisait ici ? Oh alors on ne le connaissait pas ? Tant mieux, on n'essaierait pas de lui jeter des graviers ou de lui faire comprendre aimablement qu'on aimerait qu'il parte. Si peu de gens aimaient Chester.

    - Je suis curieux. J'ai vu les autres qui t'ont chassés. Je suis venu voir si tu étais mort ou blessé.

    Il n'y avait pas vraiment de trace de compassion, ni d'hypocrisie au moins. Et il sentait que celui en face s'en foutait comme d'une guigne, ce qui était plutôt bien. Non mais s'il fallait faire semblant de se soucier des autres, ici. L'idée était presque drôle. Presque parce que c'était embêtant les grands regards larmoyants et blessés quand vous laissiez échapper un "sincèrement, je m'en fout tu sais".

    - Tu as quel âge ?

    Ça commençait par une question, ça commençait toujours par une question. Ensuite il y en avait une autre, et une autre, et une autre encore. Jusqu'à ce que petit à petit Chester sache tout, puisse vous prédire sans vous connaître. L'enfant-traître s'approcha doucement de l'autre, jouant de sa petite taille et de son allure plus juvénile encore pour se donner des allures inoffensives, lui attraper un bras doucement.

    - Tu sais où aller ?

    Viens chez Chess, il y aura de la nourriture et de quoi bien dormir. Mais ne restes pas longtemps sinon les loups viendront te manger. Même si Chester souriait souvent, même s'il n'y avait rein dont il pouvait se plaindre, les pauvres sourire heureux qu'il tentait de contrefaire étaient toujours malsain au coin de lèvres. C'était comme ça, il ne savait pas sourire, il ne savait pas faire semblant d'être heureux et insouciant, et normal.
    Mais cela n'avait aucune sorte d'importance, pour l'instant il avait une proie, et s'il en changeait ce n'étaient pas les toits qui en manquaient, même les Poursuivants étaient ses proies. Ils étaient juste... un peu plus difficiles à gérer voilà tout.

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MessagePosté le: 18/09/2009 16:40:00    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

Je regarde les nuages en attendant que le nouveau venu brise enfin le silence. Cette vie me semble paisible, tranchant paradoxalement avec l'odeur épouvantable qui règne en ces lieux. Une odeur de mort, infâme, destructrice. Seule témoin de ce monde finalement absurde. Dénué du moindre sens tant nos esprits s'accrochent aux cieux. Un monde d'enfants. Pas celui d'adultes. Cette cruauté sans demi-mesure dont, parfois, ils font preuve, m'effraie. Serais-je si loin de cette réalité que mon regard en aurait changé ? Un enfant. Pourtant j'en demeure un moi-même. Je ne comprends pas. J'ignore encore pourquoi je me sens si fort, soudain si libre de faire ce que bon me semble. Délivré des chaînes des vingt-deux années rédhibitoires. Je n'ai pas peur. Comme si, tous les terribles sentiments que m'offraient cette vie venaient de s'envoler, pour disparaître au loin, avec ce jeu de cartes élimé. Un sourire, d'une candeur absolue, ourle mes lèvres laiteuses. Je ne crains sans doute plus le mal. Plus depuis que cet homme a déchiré ma vie. S'est immiscé en moi comme un venin immonde. Distillant dans mes veines un poison plus douloureux que mortel. Azusa, toi mort par sa main. Je saurai vivre avec. Je te le promets. Comme je t'ai promis toutes ces choses durant mes longues nuits d'absence. Je ne trahirai pas cette confiance ...

" Je suis curieux. J'ai vu les autres qui t'ont chassés. Je suis venu voir si tu étais mort ou blessé. "

Un rire cristallin brise le silence.

Je me redresse, penchant la tête sur le côté ; signe évident de la curiosité. Ce garçon m'intrigue. Je n'éprouve pas de méfiance particulière. J'apprécie même ce petit air mutin, très enfantin, et pourtant si bien calculé. Car je ne me fais pas d'idées. Cet univers n'est pas rose. Le mot d'ordre ici se nomme survie. Nulle doute que pour la sienne, il serait prêt à me vendre, ou à me tuer. Cependant je chasse loin ces noires pensées dont je n'ai guère besoin. Plus aujourd'hui. Plus dans de pareilles circonstances. Mon regard s'arrête alors sur la courbe de son visage opalin. J'en dévore presque la chair blanche pour remonter lentement vers ces deux prunelles irisées d'écarlate. Je m'y noie quelques secondes, lui tendant un sourire presque amusé. Du moins je le feins, car de réelles émotions je n'ai plus. Juste un vague murmure tout contre mon oreille, susurrant ô combien il me fut pénible d'en arriver là. Mes parents, Franck, Azusa ... Autant de voix que je n'entendrai plus jamais. Cette vérité, si effroyable à accepter, me déchire l'âme comme le prédateur avec sa proie. Répand comme une offrande aux dieux, ces petits morceaux épars de ma conscience enfantine. Je ne suis qu'un nouveau né dans ce monde impitoyable. Et mon faible regard d'adulte ne suffira pas à m'extirper de cette impression latente et dérangeante.

Lentement, je sors une cigarette et l'allume d'un geste mesuré. J'éparpille en volutes filandreuses ce maigre morceau de mort ; qui m'aide parfois, lorsque la douleur est trop forte. Oublier que je vais grandir et mourir dans ce monde, à demi vivant. Un simple murmure sur les toits de ces innocents. Je tire une latte, puis fixe à nouveau de ce regard neutre l'Orphelin. Je souris.

" Je ne vais pas leur jeter la pierre. On ne peut pas leur en vouloir d'avoir eu peur. "

Je crois qu'avec ce discours, on pourrait parfaitement m'affubler de ce banal sobriquet qu'est ' espèce de taré ' . Pourtant je crois réellement en ce que je dis. Aucune rancoeur, pas même la plus infime lueur, n'assombrit mon coeur abîmé. A mon sens, c'est ce sentiment que je n'éprouve pas, qui à certainement dû conduire les survivants à devenir Poursuivants. La promesse d'un avenir meilleur, au milieu de ceux qui nous comprennent. Qui partagent notre douleur d'être exclus des rêves. Pourtant je n'en veux pas. Je rejette l'idée même d'un jour franchir le seuil de ce monde étrange. Libre comme le vent. C'est tout ce que je souhaite demeurer. Voler. Apaiser. Et voler encore au dessus des toits. Jusqu'à ce que la maladie m'emporte. Jusqu'à être trop faible pour fuir cette triste réalité qu'est la mienne. Je sais que je ne connaîtrai plus l'allégresse d'autrefois. Ce doux sentiment de bonheur entre les bras d'Azusa. Un coup de vent, et mes pensées se taisent. Profitant du silence, je balance légèrement mon poignet. Le grelot tinte de sa musique enchanteresse, et un sourire, franc cette fois, ourle mes lèvres délicates. Je repense encore à lui, avec une nostalgie galopante. Tout ça me semble bien loin. Bien avant les malheurs. Bien avant ma fin.

Un soupir.

" Tu as quel âge ? "

Je lève mon regard sur l'inconnu. Et lui répond d'un sourire. Je n'ai pas encore l'âge de mourir, si c'est ce que tu veux savoir, petit chaton des toits. Bien sûr je ne lui dirai pas comme ça, mais c'est ce que mes yeux insinuent bien malgré moi. Une nouvelle latte de cette mort en barre. Quelques secondes que je laisse, latence d'une réponse qui ne tardera pas à venir. Un sourire. Toujours le même, et dénué d'âme.

" J'ai quinze ans. "

Je marque une pause, et reprend de cette voix veloutée.

" Serait-ce indiscret de te demander le tiens ? A moins que tu ne t'en souvienne pas. Nous n'avons pas tous la mémoire des dates. "

Cette dernière phrase sonne teintée d'ironie. Je n'y peux rien. J'éprouve malgré tout une légère amertume, même si je ne trouve pas aussi déroutant que je le devrais, la situation dans laquelle j'erre à présent. D'ailleurs ce sentiment n'est dirigé contre personne en particulier, et certainement pas envers ces Orphelins. Une chaîne qui se brise, et j'en endosse une autre. Pourtant mon visage n'est pas triste, loin de là. Je suis neutre, avec ce sourire plaqué sur les lèvres, comme une statue d'argile que l'on vient juste d'achever. Je me demande encore, quand et comment le masque va s'effondrer. Mais ce n'est guère pour maintenant je le sais. Alors je me contente d'écouter ce grelot, qui parfois tinte avec la brise nauséabonde.

Et puis soudain ...

Je capte un mouvement d'un regard. L'inconnu s'avance vers moi et me saisit le bras comme un enfant capricieux. " Tu sais où aller ?" Je loge mes iris claires dans les siennes et lui répond par un sourire désabusé. De chez moi je n'ai plus. Diamonds, reste pourtant le lieu de mon éveil, de mes malheurs, de mes joies aussi. C'est ma maison, même si je n'y retournerai pas pour quelques temps. Préférant sans doute la moiteur d'un trou à rats, que la beauté de ces toits vides. Mes doigts osseux viennent s'enrouler autour de ceux de l'Orphelin. Je ne le quitte pas des yeux, et demeure d'une parfaite cordialité. Je n'ai pas de raison de le rejeter. C'est pourquoi je l'invite, de cette caresse apaisante, à rester près de moi. Même si dans le fond, je sais que nous tous ici, sans exception, portons des masques pour nous dissimuler. Le mien ne reflète malheureusement que le vide. Une incapacité à sourire franchement. Et pourtant, aucune force effroyable ne vient me ronger. Je suis juste apaisé.

" Non. Mais ça m'est égal. J'irai où les murmures du vent me prieront de me rendre. "

Un sourire, rendu, énigmatique par tant de beauté apaisée, et de tristesse suintante.

Une latte encore, de cette mort souffreteuse.

Je le fixe, englobant son visage d'une aura calme et lumineuse.

" Quel est ton nom ? "

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MessagePosté le: 28/09/2009 23:18:41    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

    Quinze ans ?
    Il regardait l'adolescent fumer, les pensées se heurtant dans sa tête pour arriver à une conclusion simple. "Certes". Les Orphelins se trompaient rarement de si loin. Confondre une personne de quinze et de vingt-deux ans c'était... un peu énorme. Selon son modeste point de vue, il était vrai que dater les gens était ardu sur les toits. Les yeux fixés sur les volutes, oh non il ne se laissait pas aller à la rêverie. A peine une distraction plus importante que d'habitude, Chester ne rêvait pas. Pas comme tout le monde.

    - Quinze ans aussi, répondit-il au tac-o-tac.

    Pas parce que c'était vrai, parce que l'autre en face avait prétendu avoir cet âge. Ensuite que Chess' aie vraiment quinze ans... c'était un détail. Avec son caractère tordu il serait prêt à faire croire qu'il avait menti en donnant son âge réel. Toujours accroché à l'autre bras, même en si en fait ce contact ne lui plaisait pas vraiment, il devait le supporter, pour son image d'enfant. Il n'était pas très contact physique, personne ne le touchait en général. Que ce soit tendrement, amicalement, sexuellement, agressivement ; personne, rien, jamais. Et à force de penser qu'on était au dessus des autres, ces autres qui étaient soit de la viande soit des marchandises, on en devenait un peu réticent.

    - Non. Mais ça m'est égal. J'irai où les murmures du vent me prieront de me rendre.

    Oui, ça allait être compliqué de l'emmener chez lui dans ce cas là. Chester se voyait mal arguer sur la nécessité de ne pas être parfaitement nomade, il n'y avait bien que lui sur les toits pour être sédentaire, petite aberration bien trop tranquille pour être honnête.

    - Quel est ton nom ?

    Le releva la tête, perdu entre son casque de cuir et ses mèches trop longues, et une secondes eut l'aitre de l'enfant qu'il avait peut-être été un jour, il y a longtemps. Une seule seconde. Puis l'espèce d'autre de chaton-fou qu'il se traînait reprit le dessus.

    - Je m'appelle Chester.

    Il n'avait jamais donné de faux nom. Et de toute façon l'autre ne semblait même pas le connaître de réputation. Parfois prononcer son nom provoquait chez son interlocuteur un étrécissement des pupilles, puis un regard haineux, un élan, un geste offensif stoppé dans sa course, parce que Chess' était comme le petit anges aux ailes souillées de ces toits. Messager et délateur, traître... mais qu'on souhaitait avoir de son côté autant que possible.

    - Et si tu n'as rien d'autre à faire, grand frère, on pourrait s'éloigner d'ici un peu ?

    Il désigna du menton le charnier, les oiseaux qui croassaient décrivant des cercles morbides dans le ciel, la puanteur, la vision de ces chairs flétries et passant par tous les stades de décomposition. La mort dans son état le plus gerbant. Il tira le bras qu'il gardait tant bien que mal entre ses bras, sur quelques mètres, plus vers l'intérieur du toit, à un endroit ou l'odeur était moins forte. Il consentit à lâcher l'autre Orphelin et résista à l'envie d'essuyer ses paumes moites sur ses vêtements. Il se donna une contenance en soulevant sa lourde masse de cheveux, aérant fugitivement son cou et son dos. De l'air !

    - Dis le grelot que tu as au poignet, continua-t-il sur le ton de l'anecdote, Tu l'as trouvé quelque part ?

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MessagePosté le: 25/10/2009 13:38:29    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

"Quinze ans aussi."


Alors lui aussi ? Lui aussi a le même âge ? Mais croit-il seulement à mon histoire ? Les orphelins se trompent rarement d'aussi loin, j'ignore toujours pourquoi j'ai été poursuivi ainsi, comme un ennemi potentiel ; alors que rien, ni de ma carrure, ni de mon attitude, ne trahit un âge si avancé. Je lis dans ses prunelles la perplexité. Moi-même je ne comprends pas encore très bien quel tour le destin m'a joué. Pourquoi m'avoir poussé ainsi dans les bras de la maturité, pourquoi mon innocence s'est-elle évanouit comme un simple murmure porté par le vent. Je l'ignore. C'est sans doute ce qui m'effraie le plus. Ne pas comprendre. Voir le chemin de ma vie s'effacer au fil de mes pas. Plus j'avance, et plus je me perds dans ce monde étrange qui n'est pas le mien. Les chaînes qui me retenaient à Diamonds se sont brisées. Je suis si seul que mon coeur s'en fendrait presque, bien que la neutralité demeure à présent dans ce trou suintant et béant que forme ma poitrine déchirée. Une pourriture adulte que plus jamais je ne pourrais chasser. Je crains de devenir comme eux, même si je me suis juré de ne pas sombrer. J'espère que mes yeux ouverts ne me feront pas miroiter la matérialité. Mais intérieurement je n'y crois pas. Alors je vais continuer à feindre d'être un orphelin, même si je ne pourrai plus jamais dissimuler cette lueur bien trop sereine, bien trop criante d'une maturité vive. Elle me brûle par sa trop grande lucidité. Je le sens, là, bien au fond de ma poitrine laiteuse. Cet atroce sentiment qui me ronge. Cette solitude qui s'attache et se répand dans mes veines. Une ombre parmi les nuages. Un murmure dans le vent qu'apporte ma mémoire. Je vivrais oublié de tous pour mourir sans aucune larme, aucun souvenir, aucune douleur. Je ne laisserai pas de traces sur la pureté de ce monde que je souille déjà de ma présence.

Ma conscience s'égare lentement sur l'horizon. Mes iris perdent sans doute de cette vitalité alors que pour quelques secondes seulement, je quitte ce monde de cruauté. Je m'éloigne de cette vie misérable que je me promets d'un murmure. C'est ainsi que je vole avec mes souvenirs. Papa, maman, Franck, Azusa ...
Azusa. Pourquoi n'es-tu plus là ? Décidément je n'arrive pas à m'y faire. Non je n'y arrive pas. Je voudrais tant que tu sois là, que tu me sers dans tes bras comme autrefois. Je veux te voir, je veux d'entendre. Azusa. Azusa. C'est une morbide litanie que j'entame. Un chant que mon coeur hurle en vain. Azusa. Encore et encore, et encore. Jusqu'à ce que mon esprit se rompe une nouvelle fois. Je désir tellement te voir, tellement. Azusa. Cette douleur me rend fou, je ne peux plus la supporter. Regardes ce que je suis devenu, une ombre à demie-vivante. Un fantôme sur ces toits tranquilles. Un errant parmi les vivants. Azusa. Sans toi je ne suis rien. Azusa. Azusa. Je ne contrôle plus cette réalité fuyante. Mon esprit s'affaiblit alors que mon corps tremble. J'ai conscience de l'abysse immense qui noircie mon âme. J'ai mal. Si mal que j'ai envie de hurler, de briser cette réalité pour faire revivre l'illusion. Je ne veux pas me souvenir qu'on t'a tué. Non. Plus de ce sang, plus de ce cadavre que j'offre aux cieux miroitants. Je veux te revoir Azusa. Si fort que je sens les larmes dégringoler sur mon visage inexpressif. Ce chant que je peux à peine murmurer. Azusa. Azusa. Mes mains osseuses et tremblantes saisissent ma chevelure d'ébène. Je veux me protéger de ces hurlements qui vrillent mon esprit. J'ai froid. Si froid sans toi. Azusa. Azu ...

"Je m'appelle Chester. "

L'illusion soudain se brise, se morcelle. Je me fige dans un élan de désespoir. Mon regard se pose sur la fragile silhouette de ce gamin venu troubler mon monde. La conscience me gagne soudain. Il a vu ce que jamais il n'aurait du voir. Cette face sombre de mon être abîmé. Cet Innocence rongé d'une folie à la lueur immonde. Je ne suis pas ce que je prétends être. Je le sais bien. Un monstre à deux visages. Une ombre soufflant l'hiver aussi bien que l'été. Je veux aider les autres, mais c'est égoïstement pour ne pas voir la détresse dans laquelle je suis plongé moi-même. Cette horreur infernale qui ronge mes nuits les une après les autres. Combien de temps me reste t-il avant que la balance ne penche du mauvais côté ? Combien de temps avant la folie de prenne le pas sur ma lucidité ? Je l'ignore. J'ai peur de revivre cette nuit où j'ai compris à nouveau que je ne le reverrai jamais. Cette nuit où ce grelot me fut offert. Jester. Chester. Deux êtres qui à eux seuls font revivre et grandir la folie qui me ronge. Je sais, je sens à quel point je suis isolé de ce monde, isolé de cette vie paisible et doucereuse. La réalité n'est pas pour moi. Peu à peu, je tombe dans cette illusion. Et bientôt personne ne pourra m'en faire revenir. J'ai peur. Si peur que je me focalise sur ce doux filet de voix. Je glisse presque amoureusement sur les contours du visage de cet enfant. Mes iris l'admire au gré du vent qui fait virevolter sa chevelure de lin. Chester. Je pars dans ma mémoire, à la recherche d'une quelconque relation que j'avais peut-être un jour connu. Rien. Pas même le plus infime murmure. Ce nom ne me dit rien. Il éveille seulement en moi le souvenir d'une histoire perdue, une ressemblance étrange avec ce chat au sourire mauvais qui courait le temps et le silence dans ce Wonderland abandonné.

Suis-je donc l'Alice ?
Sans doute.

Une Alice perdue dans une illusion grandissante. Mais à la fin, au lieu de m'éveiller, je meure, décapité par la volonté de la reine.

" Et si tu n'as rien d'autre à faire, grand frère, on pourrait s'éloigner d'ici un peu ? "

Je lui souris, d'un sourire sans âme. Les tremblements cessent alors que la douleur s'éloigne. Je ne suis pas ce que tu crois. Semble dire malgré moi mon regard. Mais je hoche la tête en signe d'assentiment. L'odeur nauséabonde commence à me vriller les sens. Et je crains de ne pouvoir retenir ma folie plus longtemps si je reste ici, près de ces souvenirs abandonnés au vent. Azusa. Le seul dont je n'ai pas pu me séparer. Le seul qui demeure dans cette réalité. Je n'ai pas pu t'oublier. Je t'ai promis quelque chose que je ne pourrai pas respecter. La culpabilité m'envahit alors que je me lève docilement pour suivre Chester dans un lieu un peu plus tranquille. Je jette un regard en arrière, sur ces oiseaux d'ombres tournoyants dans le ciel nauséabond. Je devine la chair putride entre leurs serres épouvantables. Je soupir alors que le contact se rompt. Je m'arrête lentement, conscient que ma cheville me fait encore souffrir. Je regarde l'adolescent soulever son imposante chevelure. Je dois avouer que je me sens étrangement faible après ce qui vient de se produire. Je n'arrive pas à briser ce lien tacite entre moi et la folie. Le fil d'une lame sur laquelle je vais m'écorcher. Je le sais, je le sens. Comme une douleur atroce qui ronge mes sens, et m'enveloppe d'un morbide manteau. Je m'éloigne encore, sans pour autant sombrer. Je demeure là, suspendu au dessus du vide de mon existence. Mes iris océan se perdent dans la chevelure d'or du garçon. Je le contemple sans vraiment le voir, lentement je m'éloigne de mon corps, une nouvelle fois. Mais heureusement, Chester me retient d'une simple question, d'une simple parole. Ce grelot. J'agite mon poignet pour en faire teinter la mélodie. Elle résonne tout contre mon oreille, doux chant du passé, mélodie d'un souvenir oublié. Je l'agite encore, et une terrible nostalgie m'étreint. Tout ça me semble si loin.

" Je ne l'ai pas trouvé. C'est un ami qui me l'a donné. Kami-sama il s'appelait. "

Je fixe le ciel l'air ailleurs. Je ne suis pas bien en ce lieu. J'ai besoin de me réfugier quelque part, de laisser libre cour à mon désespoir. Je ne veux pas que l'on écoute ma complainte. Je souhaite demeurer ce murmure parmi le vent. J'ai besoin de courir, ça en devient étouffant. Alors pour chasser le malaise je me balance nerveusement, conscient que je n'aurais pas la force de lutter plus longtemps. Je croise à nouveau le regard de Chester. Mes yeux trahissent ce sentiment diffus d'abandon. Je n'éprouve rien à par ce désespoir qui me ronge. Je m'étais juré de ne plus sombrer, et me voilà au porte de ce cauchemar désincarné. Mes yeux disparaissent, Chester ne doit pas partager ce trouble. Je me noie dans ces larmes à peine versées. J'ai mal, à tel point que j'en tremble. Mais bientôt un sourire orne mes lèvres. Au point de rupture il ne me reste qu'un seul espoir, et je le tiens là, entre mes doigts osseux. Je relève la tête, ce sourire apaisé ourlant mon visage. Je regarde Chester, puis les toits, je me perds au loin dans cette vision de roi. Je murmure à présent une simple question, pour chasser le trouble et le malheur qui m'anime. Un simple question.

" Tu le connais ? " Dis-je d'une voix innocente.

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MessagePosté le: 06/12/2009 19:35:06    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

C'est comme une ombre, ou bien le contraire d'un reflet qui passe dans les autres yeux, un pli juste sous la rangée de cils inférieure. Comme un masque pas encore bien installé, à moitié mis en place, qui se refermera bientôt. Parce qu'il n'y avait pas de raison qu'on laisse ses faiblesses exposées à un inconnu, même de moins d'un mètre cinquante. Il oscille, il tremble ce garçon. Pas extérieurement, mais à l'intérieur. Sur le fil du rasoir, certainement perdu entre ses certitudes et toutes les choses qu'il ignore. En borderline dans son esprit, il ne sait pas encore très bien ce qu'il va devenir. Chester ne saisissait pas tout ça, peut-être un peu, confusément au niveau de l'inconscient. Tout ce qu'il en retirait en fait, ce qu'il saisissait comme une anguille rétive entre ses petites doigts apparemment inoffensifs c'est qu'il avait entre les doigts un joli spécimen, un esprit indécis prêt à se briser ou se construire.
Ce jouet avait un fort potentiel.


" Je ne l'ai pas trouvé. C'est un ami qui me l'a donné. Kami-sama il s'appelait. "

Kami-sama. Les pupilles jouèrent à s'étrécir, puis se dilater, bien planquées derrière leurs lentilles de couleur. Il enfouit la tête dans la chemise de l'autre pour dissimuler ses réflexions, garder un image d'enfant sans tâches. Une deuxième question, certainement innocente l'amena à parler un peu trop, penser à voix haute, ce genre de choses qu'il s'interdisait formellement.

- Bien sûr que je le connais, c'est un allumé de Hearts. La plupart des Orphelins le connaissent s'ils snt depuis plus d'un an ou deux sur les toits. Y'en a aussi quelques-un qui se souviennent d'autres choses qui se sont passées il y a longtemps. Faut vraiment être un enfant de Diamonds pour ne pas... Enfin même toi tu as fini par tomber dessus la preuve.

Double battement de cils. Un étonné, un prudent. Puis un petit corps qui se détache et de la chemise et de son prétendu "grand frère".

- Mais il me fait pas peur ! C'est juste un taré instable, rien de plus.

Peut-être que ce n'était pas très sincère, qu'il se disait surtout qu'il n'y avait aucune raison que le Jester ne le prenne en grippe, ni lui ni un autre. Ce n'était pas qu'il tuait, non tout le monde tuait sur les toits, ce n'était pas qu'il torturait ou violait non plus c'était... En tout cas c'était loin. Et ça ne s'était passé qu'une fois. Et ça faisait surtout plusieurs années que, s'il se souvenait bien, cet être étrange baladait un ennui comme le sien à la surface des toits. Toujours en quête d'une distraction, quoiqu'il poussait le vice bien moins loin. Ses cheveux effleurèrent ses joues, contact éternel et rassurant.

- T'as une mine affreuse, lança-t-il pour changer brutalement de sujet. Tu devrais te trouver un peu d'eau quelque part je suis persuadé que ça te ferait du bien.

Et il s'avança pour lui reprendre le bras, son nouveau jouet, cette poupée oscillant entre deux états aussi définitifs et affreux l'un que l'autre, pour le tirer, l'entrainer un peu plus, patiemment en attendant de savoir précisément de quel côté l'aider à tomber.

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MessagePosté le: 23/02/2010 00:27:24    Sujet du message: Happily Ever After Répondre en citant

Un regard vers le ciel, simple émotion lourde de sens qui envahit mes prunelles claires.

Une prière, abandonnée à la lassitude des toits orphelins. Je ne sais plus qui je suis. Et j'ai bien trop peur de le découvrir. De sentir poindre en moi le changement des jours amères. Je ne suis qu'un enfant, dans un esprit déchiré de maturité. Quinze ans pour découvrir le monde, et en finalité s'isoler dans ce diamant de folie. Ce Diamonds que l'on murmure parfois, pour qualifier ceux qu'on refuse de voir et de comprendre. Je songe à présent aux années que j'y ai passé, à ces ombres anciennes contant une histoire bien triste, à ces murmures que jamais le vent ne cessera d'apporter. Azusa. Il est avec eux désormais, dans cette tour d'ivoire où les contes s'en vont pour mourir. Je sens un venimeux démon m'envahir le cœur, le lacérer d'une douleur immonde. Je veux le rejoindre, car de cette page blanche qui se présente à moi, j'en suis effrayé plus que de raison. Tant et si bien que je me balance nerveusement, tranchant avec l'apparente quiétude de mon visage. Quand vais-je m'écrouler ? Je l'ignore. Mais mes jambes ne me porteront plus bien longtemps, et la tristesse me noie entre ses bras bienfaisants, ses paroles trop douces, car la fin me semble inéluctable. Le destin d'une petite carte déjà mort-né. J'ai peur de l'avenir, car plus personne n'est en mesure de m'aider. Cesser de voler signifierait ma mort et pourtant je ne vois aucune autre échappatoire à ce cauchemar éveillé. Le tristesse me dévore, et je ne suis guère plus en mesure de lutter. Mon cœur s'en retrouve affaibli devant cet étalage de misère. Je ne peux prétendre à rien si ce n'est à l'errance, jusqu'à ce qu'un poursuivant m'achève, comme Azusa avant moi.

Mais ce garçon, ce visage de l'innocence à demi voilé par autre chose. Il est comme eux, comme ces ombres qui traînent un ennui sans fin sur les toits des orphelins. Je ne le comprends pas vraiment, cette lueur demeure un mystère, je sais simplement que sa présence égaie ma vie terne. Rien de plus.

Je lui souris, comme toujours, comme autrefois. Un parfait masque de bonté, que je sais pourtant fragile. Le jeu est à se demander quand celui-ci tombera enfin, pour laisser paraître l'infâme vérité. Celle d'un d'un être qui jamais plus ne pourra voler. Cette idée m'effraie, et répand en moins un venin bien noir. Voler. Tout ce qui me restait jusqu'à aujourd'hui, mais ma cheville blessée ne le permettra plus bien longtemps. Je n'ai pourtant que cette pensée, rejoindre les cieux pour effleurer le rêve d'Azusa. Il n'y a que si haut dans le ciel que le songe enfin se mêle à l'existence, silencieux mirage d'un rêve oublié depuis lors. J'écoute la petite créature me parler de Kami-sama. Des choses qui se sont passées il y a longtemps. Je relève alors le nez, contemplant les nuages immaculés. D'aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais entendu de légende sur la vie des orphelins, mais peut-être n'ai-je tout simplement pas rencontré celui qui m'en révélerait davantage. Ma curiosité s'en retrouve piquée à vif, nouvelle occupation qui se dessine alors. J'aimerais en savoir plus, bien que j'ignore qui se souvient encore d'un temps révolu pour tous. C'est étrange. Je ne me suis guère posé de question sur l'origine de Diamonds, de Hearts ou bien encore de Ace. J'y ai flâné sans chercher à deviner ce que pouvait bien cacher ces noms. Mais à présent que la question se pose, j'aimerais comprendre comment nous avons tous pu en arriver là. Divisé en un infâme flot de survivants et de prédateurs.

" Mais il me fait pas peur ! C'est juste un taré instable, rien de plus. "

Mes iris céruléennes prennent soudain une teinte attristée. Je ne supporte plus d'entendre ces allusions sur la stabilité des mentalités. Moi même j'ai souffert de ce vulgaire sobriquet, laissant une trace indélébile dans ma poitrine trop fragile. A mon souvenir il n'était pas si étrange que ça, juste bercé par une illusion que nous ne partageons pas. La tête dans les nuages, voilà le seul qualificatif que nous pourrions nous donner si l'on pouvait. Mais voilà, chaque regard est différent et je ne peux en vouloir à Chester de le voir autrement. Je m'interroge soudain sur ce qu'il peut bien penser de moi au delà de ces deux billes de sang. Je soupçonne qu'il doit bien me trouver étrange, garçon malingre à l'allure si fragile. Je soupire en songeant que je ne pourrais m'échapper du rêve et que ma bonté ne me mènera qu'à ma propre perte. Pourtant la décision n'en est pas moins prise. Je demeurerai le même, immuable séraphin sur ces toits blancs. Mes ailes s'ouvriront à qui le demandera d'un soupire. Une ombre parmi les vivants, douce caresse amenée par le vent. Je renonce à ces sentiments profondément humain que son l'amour et l'attachement égoïste. C'est un vêtement bien impersonnel que je me décide à mettre, pour faire perdurer le masque et le devenir enfin. Mais m'oublier est sans doute le meilleur moyen pour aider toutes ces âmes que j'aime de tout mon cœur, quand bien même elles nourrissent une haine farouche envers ma personne. Être frappé et tendre l'autre joue, car c'est en souriant que l'on apaise l'animal farouche. Je me sais basculer dans des états bien différents les uns des autres, mais le doux murmure du vent vient soudain d'apaiser mes sens en émoi. Je trouve ce sentiment aimable, petite clochette agitée par le vent.

Le grelot me rappelle que je ne suis pas seul ici bas. Nous sommes cette petite poignée de carcasses qui s'élancent sur les toits sans but réel. Juste une errance à demie vécue, petit bout du chemin céleste que nous cherchons tous bien en vain. Le paradis est ici, dans tout le paradoxe qu'incarne son horreur et son infinie beauté. J'aime ce monde d'orphelins, c'est indéniable. Et je m'émerveille chaque matin de voir le soleil se lever et répandre sa lueur blafarde sur l'immensité immaculée. Je ferme soudain les yeux, bercé par le murmure d'un nuage. Azusa. Je pense encore et toujours à lui, et bien que la peine me dévore farouchement, je me sens étrangement bien, comme si il était encore là, tout près de moi. Cette caresse n'est rien de moins qu'une rassurante parole issue de son propre rêve. J'en suis convaincu. Il vole quelque part dans l'immensité du ciel, et je sais qu'il m'observe. Je vois son sourire ourler son doux visage, petite frimousse illusoire. Je t'ai aimé, je t'aime encore. Une promesse et rien de plus. Je dois me résoudre à demeurer heureux, pour perpétuer cette image gracile. Un souvenir exalté est toujours plus enviable qu'une triste mélopée. Azusa je promets, encore une fois je promets, mais je ne tomberai pas. Une joie immense semble me délivrer soudain du poids douloureux de l'agonie. Je sens de nouveau mes ailes se déployer, ultime danse que j'offre aux cieux. Et ce sourire qui étire mes lèvres, révélant toute la beauté de mon innocence. Pureté intacte malgré les délires de mon esprit. J'existe, et c'est sans doute ce qui est le plus important.

" T'as une mine affreuse. Tu devrais te trouver un peu d'eau quelque part je suis persuadé que ça te ferait du bien."

Mon attention s'en retourne sur le visage adorable de Chester. Je lui souris, soudain magnifié par la guérison de mes sens. Je hoche la tête en signe d'assentiment. Voilà bien longtemps que je n'ai pu m'abreuver et agitant le muscle palpitant entre mes lèvres, j'en constate le dessèchement. Je le laisse se saisir de mon bras, le suivant docilement, bien qu'une vive douleur consume soudain mes muscles. Je m'arrête quelques instants, massant ma cheville enflée au travers de la botte. Je songe à un moyen de l'apaiser sans trouver réellement de solution. Un vol supplémentaire ne pourra que la détruire davantage. Pourtant je m'y vois contraint. Un sourire étire mes lèvres. Peu importe, je me relèverai toujours. Mes ailes me soutiennent encore, et cette fois ne se flétriront plus. Le vent est avec moi, soulevant la forêt d'ébène qui me sert de chevelure. Sa caresse m'est soudain revigorante et je pose mon pied, ignorant simplement la douleur qui le broie. Elle s'estompe lentement, au gré du tintement de ce grelot, et de la mélodie que je fredonne d'une voix innocente. Je me laisse guider, emporté par ce chaton que je sais néanmoins capable de griffer. La méfiance pourtant n'est pas de mise, il ne pourra plus m'ôter mes ailes désormais. A moins de les briser plumes par plumes, il n'en sera pas capable. Je suis solidement ancré dans mon rêve de pureté et rien ne pourra m'en déloger. Un rêveur sur les toits, une illusion que l'on croit apercevoir pour enfin disparaître quelques instants plus tard. Je désir simplement guérir ceux qui ne peuvent le faire par eux-mêmes.

" Dis-moi Chester, tu connais un lieu où en trouver ? "

Simple question lancée au vent. Pas que je ne sais où en trouver, mais je soupçonne la petite créature de nourrir quelques plans à mon égard. Loin de m'en effrayer j'en suis davantage intrigué. J'avise soudain le toit le plus proche, séparé d'un vide de quelques mètres. J'abandonne soudain mon petit chaton, libéré de la douleur lorsque mes ailes me portent enfin. Je m'élance avec une vélocité surprenante et saute pour atteindre le rebord un peu plus loin. Un sourire radieux ourle mon visage, retrouvant ainsi la sensation grisante de l'envol. Candeur salvatrice que j'incarne. Je tombe pour toujours me relever, comme le phénix que l'on croit vaincre en vain. Cette ingénuité est sans doute ce qui me décrit le mieux, pureté simple qui m'anime depuis ma plus tendre enfance. Je n'ai pas perdu cette beauté naïve dans mon regard bien que la maturité le trouble désormais. Pourtant je ne cesserai pas de rêver. Je suis ainsi, marcheur de la brume, rêveur éveillé. Je coure sur les nuages pour mieux les contempler.

" Innocence ..."


Je me retourne, troublé par ce murmure incertain. Et dans l'ombre d'un nuage je crois soudain voir la silhouette éthérée de mon cher Azusa. Je sais à présent qu'il me veille de ses ailes immenses. Il est là, il l'a toujours été, et tant que le ciel demeure au dessus de ma tête, je ne suis pas seul. Je ne le serai jamais. Alors je contemple la petite créature à la chevelure de lin. Je la contemple se jouer du vent elle aussi, retenu prisonnière sous un couvre-chef étrange. Je lui tend un sourire apaisé, bien différent de l'état dans lequel je me trouvais quelques instants plus tôt. J'ai conscience que le changement peut être déroutant, mais j'ai toujours été ainsi, innocence exquise parmi les enfants de Diamonds. Les noms ne se portent jamais pour rien, et je crois en somme que je suis fort bien décrit par celui que je porte. Je l'invite à me rejoindre d'un geste gracieux. Le grelot teinte, et je ne m'en retrouve que plus ravi encore.

" Tu viens ? "

Parole joviale que je lui lance là. Un ultime appel, dernier regard sur le charnier nauséabond. Je délaisse une vie pour en endosser une autre. Aujourd'hui j'ai décidé d'être heureux. Il était donc une fois, un ange d'une candeur sans nulle autre égale sur les toits orphelins ...

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MessagePosté le: 25/11/2017 06:31:15    Sujet du message: Happily Ever After

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