Yokkai Index du Forum
Yokkai
.: La ville des Orphelins :.
 
Yokkai Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

:: En rêvant de pigeons... ::

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Yokkai Index du Forum -> Yokkai - Centre -> Quartier est - Diamonds
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 11/11/2009 23:05:29    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Comment ne pas aimer la douce quiétude des territoires vides de Diamonds ?Comment ne pas apprécier ces vastes étendues où seul le vent soufflait, murmurant des bribes de paroles flûtées que seuls les orphelins comprenaient ? Comment ne pas adorer cet endroit où la solitude rêveuse était la norme, où personne ne vous reprochait rien ? Et pour les plus pragmatiques d'entre eux, comment ne pas profiter du fait que les poursuivants ne s'y rendaient que très occasionnellement ?
Oui, pour qui savait, Diamonds était le meilleur endroit des toits.
C'était aussi un lieu dénué de toutes impuretés, rien de sale ne s'y faisait : du fait du peu de ressource, on mangeait comme on pouvait ailleurs la plupart du temps, le marché où toutes sortes de choses circulaient se trouvait à Hearts, Spades abritait le charnier, quant à Clubbs, on y faisait tout le reste. A Diamonds, ne restait que le rêve et la liberté, le calme et la tranquillité. A Diamonds, on n'était rien d'autre que les enfants du ciel, libérés des contraintes physiques de la faim et de la soif et de la menace des poursuivants.
C'est pour toutes ces raisons que Cloud aimait Diamonds et qu'il y revenait si souvent. Avec le temps, le sentiment d'appartenance à un quartier, peu importe lequel, avait perdu de sa valeur à ses yeux, mais il l'appréciait toujours un peu plus que les autres quartiers. Seul importait d'être un «ange». Rien d'autre ne comptait. Rien d'autre ne comptait.

Ce jour-là, il se tenait debout au milieu du vide, raide comme un piquet que le vent s'acharnait à vouloir abattre, fouettant son visage à l'aide de ses propres cheveux, faisant claquer dans l'air sa propre chemise, tissu beige délavé semblable à un drapeau défraîchi dans la bourrasque et plaquant contre ses jambes maigres son propre pantalon, un jean plus délavé encore, dont les pieds n'étaient plus que fils et déchirures. Comme il le faisait les trois quarts du temps, il regardait en l'air. Il adorait les toits, il adorait le bleu du ciel qui s'étendait sans limites au dessus de lui, parsemé du blanc des nuages. Il ne s'en lasserait jamais. Et, comme il le faisait toujours quand son unique œil se perdait dans la voûte céleste, il rêvait.

Il avait vu des pigeons, plus tôt dans la matinée. Lorsqu'il s'était approché, les oiseaux s'étaient envolés, bien entendu. Mais d'une façon si désordonnée et maladroite que le jeune homme se torturait l'esprit depuis. Ils avaient beau être les fils du ciel, les filleuls du dieu du vent lui-même, ils ne pouvaient pas s'élever aussi haut que ces oiseaux-là. Ils avaient des ailes aux chevilles, volaient plus haut que n'importe quel habitant du monde d'en bas, sans aucun doute possible. Mais se rapprocher du ciel était beaucoup plus difficile que de passer d'un toit à l'autre. Longtemps, Cloud avait cru le royaume des toits infini, allant de Clubbs à Hearts, de Spades à Diamonds, mais comprenant aussi l'étendu aérienne au dessus d'eux. Hélas, la gravité et les limites matérielles des toits lui avaient vite appris le contraire. Aussi, il se demandait pourquoi des créatures aussi maladroites et si peu délicates tels les pigeons partageaient les domaines célestes avec eux. Parfois nourriture, parfois cause de jurons lorsqu'ils ne pouvaient éviter de faire leurs besoins naturels en l'air, causant les désagréments d'un orphelin malchanceux, les pigeons, hormis leurs ailes, n'avaient rien d'enviable. Alors pourquoi le dieu du ciel leur avait-il accordé une place sur les toits et même dans les cieux ? Pourquoi la brise et le zéphir les portaient-ils sur l'horizon du ciel, alors que même que les orphelins étaient forcés de demeurer sur les toits ?

Autant Cloud pouvait accepter, voir même approuver que les nuages, ces drôles et nonchalantes formes blanchâtres, évoluent plus haut et plus librement que quiconque tout là haut dans le bleu, autant il avait du mal à envisager les pigeons leurs égaux. D'ailleurs, il pensait que le bleu était la plus belle des couleurs. Sinon pourquoi seul le ciel serait bleu naturellement ? Avait-on déjà vu un aliment bleu ? Non, les dieux avaient réservé cette couleur au ciel. Et tant pis si l'océan, cette immense étendue d'eau au goût bizarrement salé dont il avait eu vent par les histoires des plus âgés, avait osé voler le privilège du bleu au ciel. De toutes façons, l'eau ne pouvait que refléter et imiter le bleu. Elle n'était pas bleue pour de vrai. Mais après tout, peut-être que cette histoire d'une deuxième immensité bleue n'était qu'une histoire, un conte, un mensonge inventé par un gamin devenu un peu fou à l'idée de mourir. Cloud se demandait pourquoi certains orphelins craignaient la mort, lorsque leurs 22 ans approchaient. A quoi bon vouloir continuer à vivre, si on perd le titre de fils du ciel ?

Quoi qu'il en soit, théoriquement, les pigeons aussi devaient porter ce titre, au moins par égard pour leurs ailes, quoique grisâtres et banales, ailes tout de même. Pourtant, ce n'étaient pas des humains. Pouvait-on quand même les nommer fils de quelque chose ? Cloud réfléchit un moment. Et les autres oiseaux ? Il n'en voyait pas beaucoup. Une fois il avait aperçu des moineaux. Si il se décidait à accorder le droit d'être fils du ciel aux pigeons, il devrait étendre ce lot à tous les oiseaux. Mais lui-même n'était pas un oiseau. Pourtant, il était indubitablement un fils du ciel. Il n'était même que cela. D'où venaient les pigeons ?Comment des êtres portant des ailes, et donc par extension, habitants des cieux, pouvaient être aussi gauches et grossiers, à déféquer partout ? Non non, être fils du ciel, c'était être libre en premier lieu. Or ces animaux là étaient prisonniers de leur nature et de leur instinct. Cloud décréta donc intérieurement que les oiseaux n'étaient pas fils du ciel, malgré leur capacité à s'élever plus haut que les orphelins.

Mais il n'avait toujours pas trouvé de quelles origines, forcément originales, étaient les pigeons. Peut-être étaient-ce des criminels du monde d'en bas. Leur geôle était le ciel, la seule fuite possible lorsqu'un prédateur les menaçait. Cloud pensait que les habitants d'en bas n'aimaient pas le ciel et les toits, sinon pourquoi leur envoyer des poursuivants et vouloir attraper à tout prix les fils du ciel qui erraient en bas par erreur ? Ainsi ils envoyaient leurs criminels purger leur peine en l'air. D'ailleurs, les pigeons, malgré leur capacité à voler, semblaient préférer le plancher des toits, puisqu'ils ne s'envolaient que pour fuir, se nourrissant à terre et pavanant en dodelinant de la tête entre deux sources de nourriture, semant leur route de déchets blanchâtres ou verdâtres, selon leur dernier repas. Non vraiment, ils ne seraient jamais fils du ciel, même si Cloud ignorait encore ce qu'ils étaient vraiment.

Il tourna la tête vers sa droite, précédent de très peu un bruit de chute, rendu sourd par les toits pleins des tours de verre. Comme si le vent lui-même l'avait prévenu, chuchotant toujours au creux de son oreille comme une berceuse. Et puis, peut-être n'était-ce encore qu'un rêve. En tout cas, un peu plus loin, quelqu'un se relevait. Un éclair de raison traversa l'esprit embrumé du rêveur : peut-être avait-on trébuché sur ses chaussures, qu'il avait délaissées un peu plus loin, et dont la couleur se confondait avec les toits. Il s'approcha.
_________________
Revenir en haut
Publicité





MessagePosté le: 11/11/2009 23:05:29    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 15/11/2009 01:40:34    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Encore une autre journée.
Sera-t-elle vide, comme les précédentes ? Ou éclairée d’une éphémère pensée, d’un événement inattendu, qui la classera aux rangs des différentes, et l’empêchera de sombrer dans une singulière folie en le ramenant sur terre ?
Even marchait sur les toits. Il était fils du ciel, et avait l’impression de s’en rapprocher un peu plus chaque jour. Quand aura-t-il la chance de monter au Paradis ? Ce lieu, si beau, qu’on lui contait lorsqu’il était enfant. Son frère lui avait qu’ils iraient, un jour. Depuis, il ne vivait que pour cela.

Les toits étaient sales. Jonchés d’ordures, de détritus, de fientes, de ferraille, ils étaient pourtant ici plus beaux qu’ailleurs. Car ici, on les imaginaient autrement. Ici, on avait le pouvoir de rêver.
Pour Even, ils n’étaient pas gris, ils étaient blancs. Le ciel n’était pas d’un bleu terne, il brillait de santé. Et puis, ici… c’était beau. Les pensées et les rêves des orphelins de Diamonds repeignaient les toits de couleurs vives, chatoyantes et claires. On s’imaginait avoir des ailes, croiser des fleurs sur le toit, ce faux sol, on pensait avoir encore une famille, on voyait un peu partout de la vie. Pourtant… Cela restait un toit, vide et sale. Mais ce n’était pas pire qu’ailleurs.
C’était cela, la vie à Diamonds. Peut-être finalement qu’on était déjà mort dans un coin sale, sans que personne ne s’en aperçoive - de toutes façons, on était toujours seul. Et peut-être qu’étant mort, on l’imaginait seulement, cette vie sur les toits où seuls nos ailes et nos rêves nous accompagnaient.
Peut-être que de toutes façons, tout cela ne rimait à rien.

Et puis, en quoi cette journée serait-elle différente ? Elle ressemblait déjà à toutes les autres. Even s’était levé lorsque la lumière du jour avait frappé ses yeux trop clairs, si sensibles que même à travers ses paupières, le jour était cruel et blessant, alors que la nuit lui apportait réconfort et réflexion. Pour preuve, les poursuivants attaquaient surtout durant la journée, devant sûrement garder leurs nuits pour se soumettre à la débauche de leurs proie capturées le jour. Qui sait ?
Quoiqu’il en soit, Even n’avait pas tardé au lit. Bien évidemment, le terme était ironique, le lit en question n’étant qu’un drap posé au sol de sa nouvelle cachette, qu’il ne pensait d’ailleurs pas garder longtemps. Il ne restait jamais au même endroit trop longtemps, habitude sans doute léguée par son frère bien plus méfiant que lui. Réveillé, Even avait été soulagé de voir qu’il avait légèrement plut pendant la nuit. Ainsi, il avait pu se débarbouiller grâce à l’eau d’une flaque. Il ne savait pas à quoi il ressemblait, les toits ne possédant pas de miroirs, néanmoins, il savait qu’ainsi « lavé », il avait sûrement moins piteuse allure.
Mais à présent il avait faim. Non, pas la faim habituelle, celle qui était continuelle et frappait chaque orphelin, qui finissait par s’y habituer. Aujourd’hui c’était pire, car cette innocente faim durait déjà depuis plusieurs jours dans le corps du blond, qui avait sentit qu’aujourd’hui, il ne passerait pas la nuit s’il ne mangeait pas. C’était peut-être un peu exagère, mais il devait manger. Il n’avait pas vraiment envie de mourir.

C’était la raison pour laquelle il se baladait sur les toits, aujourd’hui, à la recherche d’un marché à dénicher, ou d’un vendeur ambulant, à la limite. N’importe quoi, tant qu’il pouvait manger. Il n’avait pas d’argent, mais possédait encore les boucles d’oreilles de sa mère, retrouvées mystérieusement dans son sac. Une ingéniosité de son frère ? Toujours autant fragilisé de sa disparition, il ne préféra pas s’attarder sur la réflexion, et se prépara à sauter d’un toit sur un autre pas loin en contrebas. Cependant… il n’avait pas vu les objets clairs à ses pieds, qui le fit ridiculement tomber au sol. Il tomba sur le toit en contrebas dans un lourd bruit de chute, d’ailleurs étonnant pour son poids plume, essayant de se rattraper avec son bras droit, qui souffrit le plus de sa chute. Lâchant un grognement de douleur, Even se redressa pourtant aussitôt, malgré son avant-bras droit douloureux, qui déjà se colorait de rouge. C’était une des règles primordiales sur les toits comme en bas : ne jamais rester à terre.
Une main sur son coude enflé, Even observait avec méfiance autour de lui. Il avait enfin aperçut les chaussures. Cependant, un objet si cher ici ne pouvait pas se retrouver abandonné. Où était son propriétaire ? Était-ce un piège ?
C’est alors qu’il l’aperçut. Grand, châtain, un.. bandeau sur l’œil ? L’air rêveur, pas méchant. Cependant, Even le fixait avec cette méfiance habituelle léguée par son frère, ne le quittant pas du regard une seule seconde. Ses cheveux blonds, volants au gré du vent égoïste, lui fouettaient le visage, tandis que ses yeux trop clairs, l’un bleu, l’un vert, mais très semblables, ne cessaient d’observer l’inconnu. Non… Il n’avait pas l’air de lui vouloir du mal.
Mais il restait un inconnu.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 15/11/2009 09:51:38    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Il s'avançait à pas lent, les épaules droites, avec un visage neutre. Sa nonchalance aurait pu lui donner un air condescendant s'il n'avait toujours ce regard rêveur. C'était un garçon un peu plus jeune que lui, sans doute. On aurait même pu croire qu'il s'agissait d'un gamin, de part sa petite taille. Cloud le dépassait bien d'une tête. Qui plus est, le jeune garçon était des plus frêles que la rêveur ait pu rencontrer. En haut, comme dans les rues d'en bas, on n'avait de toutes façons guère de chair sur les os, lorsqu'on était orphelin. Le vent, qui s'était jusque là acharné à battre ses joues de la pointe de ses cheveux châtains s'en prit vite au jeune garçon. Les siens étaient un peu plus longs, et son visage apparaissait et disparaissait tour à tour sous des mèches blondes, brillant faiblement sous la douce lumière matinale.

Cloud choisit de s'arrêter à environ deux mètres du garçon. Ni trop loin, ni trop près, conservant une certaine distance entre eux. Son œil valide alla du jeune garçon à ses chaussures plusieurs fois, tandis que quelque part dans le lointain de son esprit, il se disait que c'était bien ce que lui avait soufflé le vent, ses chaussures, qui avaient causées la chute du garçon. A moins que le bruit ne soit dû à autre chose ? Non, il tenait son bras contre lui. Mais Cloud tenait parfois son bras contre lui sans pour autant ressentir la moindre douleur ou gêne. C'était juste comme ça. Est-ce que ce garçon tenait son bras comme ça ? A ce moment-là, une bourrasque dégagea quelques instants le visage du garçon, et Cloud s'aperçut enfin que depuis un moment, il ne le lâchait pas des yeux.

Les sons semblèrent s'éloigner un court instant, quand il croisa le regard du jeune garçon. Il avait les yeux d'un bleu très pur, très clair. Le bleu du ciel. Le bleu du ciel au mois de mars. Des larmes coulèrent le long de ses joues creuses, sans qu'il n'y prête une réelle attention. C'était si beau. Mais en même temps, si cruel. Pourquoi lui n'avait-il pas les yeux bleus ? Le rêveur trouvait cela vraiment injuste, bien qu'il n'ait jamais cru à la moindre justice en ce monde. Pas même sur les toits. Puis, alors que ses larmes se tarissaient d'elle-même, il se souvint de ses réflexions, quelques minutes plus tôt. Le bleu était la couleur du ciel. Et de rien d'autre.

Aussi, voir des yeux aussi bleu que le ciel juste devant lui le contraria fortement. Qui était ce garçon tout chétif pour oser se promener avec une couleur si sacrée dans les yeux ? Ne se rendait-il pas compte de l'impiété qu'il commettait et du manque de respect aux dieux du ciel ? Mais le rêveur n'avait pas un caractère emporté et belliqueux, aussi la sourde colère qui l'avait envahie se retira bien vite, comme une vague s'échappant des mains d'un enfant. Mais Cloud était bien incapable d'une telle comparaison. Dans ce monde, personne n'avait vu la mer de ses propres yeux, et si des mains d'enfants cherchaient à attraper quelque chose, ce n'était pas de l'écume blanchâtre, mais de quoi survivre. Après tout, pourquoi n'aurait-il pas le droit de porter cette couleur fièrement ? En tant que fils du ciel, il ne commettait finalement aucun blasphème, puisque les cieux eux-même l'aimaient tendrement.

Pourtant, à bien y regarder, ses yeux n'étaient pas si bleus qu'au premier regard. En observant plus rigoureusement, son regard semblait plutôt vert pâle, surtout son œil droit. Après une courte réflexion, Cloud opta pour un mélange subtil de vert clair et de bleu pastel, tout en s'interrogeant sur la différence irréelle de teinte entre ses deux yeux. Le jeune garçon le fixait toujours, la méfiance gravée sur son visage aux traits délicats. Cloud, dont l'esprit se paraît déjà de nouveau de brumes rêveuses après le choc de ce regard de la couleur du ciel, prit alors conscience qu'il attendait probablement qu'il se présente.

Probablement.


«Tes yeux...on dirait des bouts de ciel.»


Il parlait toujours comme ça, d'une voix douce et neutre. Comme si rien ne comptait. Ou plutôt, comme si les mots qu'il articulait venaient d'ailleurs. A moins que le rêveur ne désire tout simplement pas élever la voix et perturber la mélodie légère du vent ? Pourtant, sa voix était claire et limpide, se mariait bien avec le souffle du vent. Finalement, peut-être n'aimait-il tout simplement pas l'agitation et la brusquerie ? En tant qu'habitant de Diamonds, il préférait sûrement le calme.

Sûrement.

Il reprit avec un très léger sourire qui éclaira son visage rêveur, toujours de sa voix claire et légère, en désignant faiblement du menton ses chaussures.

«Tu es tombé du ciel ?»


Après coup, Cloud pensa faiblement que ce n'était pas ce qu'il aurait dû dire, mais les mots s'étaient glissés trop vite dans l'embrasure de la porte de ses lèvres. Dans sa tête, les chaussures avaient déjà presque disparues, et cette question découlait naturellement de la dernière pensée qu'il venait d'avoir : Ce garçon ressemble à un ange. Dans l'esprit de Cloud, les orphelins des toits pouvaient être appelés anges, occasionnellement. Mais ils étaient davantage enfants du ciel. Il existait aussi des anges dont le nom n'était qu'anges. Cloud les considéraient comme ses aînés dans la lignée céleste. Des êtres qui, eux, possédaient la clé de leur demeure, des ailes pour atteindre l'azur.

Le jeune garçon n'en était de toutes évidences pas propriétaire, mais maintenant qu'il y pensait, Cloud se disait que les anges devaient, eux aussi, avoir un morceau de ciel pour regard.
_________________
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 20/11/2009 15:20:44    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Comment vouloir être éclairé par la lumière lorsque alentour tout n’était que ténèbres ? Le soleil pourtant transmettait souvent une lumière parfaite, qu’ils étaient les premiers à recevoir puisqu’ils étaient fils du ciel. Juchés ainsi sur les toits, ils en serait en plus de cela les plus proches si les oiseaux, éphémères volatiles, ne leur avaient volés leur place d’enfants du ciel. Even, pourtant, les adoraient. Mieux encore, ils les idolâtraient. Combien de fois n’avait-il pas rêvé avoir des ailes comme eux ?
Il en voulait pour s’approcher de son vrai père, le ciel.
Il en voulait pour littéralement voler au-dessus des toits, pour n’avoir aucune attache.
Il en voulait pour fuir.
Comme maintenant.

Il fixait l’étranger depuis plusieurs secondes maintenant, sans oser bouger, sans oser ciller un bref instant, de peur de le perdre des yeux, ce qui le mettrait aussitôt en position de danger imminent. Cependant… l’inconnu semblait tout sauf agressif. Il le fixait d’ailleurs depuis un bon moment, comme s’il le détaillait, ce qui gênait Even au plus haut point. Fixer les autres, mais ne supportant pas d’être observé. Cela pouvait se résumer ainsi.
Après un bon moment, le seul œil visible du nouveau venu s’éclaira un très court instant, comme s’il venait de comprendre quelque chose. Et il parla :

«Tes yeux...on dirait des bouts de ciel.»

Et sa voix.
Even en fut littéralement scotché, à un point tel qu’il cilla, et se permit de baisser un court instant les yeux pour observer de haut en bas l’inconnu. Qu’il était étrange. Et sa voix, semblable à un léger souffle de vent. Si douce, si claire, comme s’il rêvait constamment. Un peu comme lui.

«Tu es tombé du ciel ?»

Tombé… du ciel ? Even suivit son regard, s’arrêtant aussi sur les chaussures qui avaient provoquées sa chute. Et sa blessure. Il l’avait oubliée, elle. Pourtant, la douleur était bien là. Peut-être y était-il habitué, depuis ces quelques années passées sur les toits après la fugue avec son frère ? Tout s’était mal passé, après cela. Mais de toutes façons, tout s’était toujours mal passé, depuis le début.

Tombé du ciel… C’est enfin qu’Even analysa les paroles de l’inconnu. Comment cela, tombé du ciel ? Le fixant à présent avec un mélange d’incompréhension et de méfiance, Even secoua légèrement la tête, puis, se résignant à communiquer, leva son bras à la main à présent tachée de sang, pour pointer du doigt le toit à sa droite, duquel il venait de chuter.

- Non… D’ici.

Puis, il reporta son regard sur le garçon, après avoir observé un court instant les chaussures responsables de sa chute, responsables de cette rencontre.
Sa main vint se reposer instantanément sur sa blessure, car le vent fouettant la peau meurtri rendait la blessure encore plus douloureuse qu’elle ne l’était déjà.
Mais pour le moment, il s’en fichait.
Il venait seulement de se rendre compte de quelque chose, en observant plus attentivement le visage du jeune homme. Des traces humides, le long de ses joues creuses. Des larmes ?

- Tu… pleures ? Pourquoi ?

Sa voix aussi était semblable à un coup de vent. Ses mots, portés par la brise, semblaient flotter un instant dans les airs, pour enfin retomber dans les oreilles alentour. Etrangement basse, car Even détestait l’élever. Toujours basse, aussi, car il n’avait pas parlé depuis longtemps.
De ses yeux vairons, Even observait toujours l’autre. Pourquoi pleurait-il ? Il ne pleurait pas, pourtant, lorsqu’il l’avait vu pour la première fois. Et une idée assombrit soudainement son esprit : était-ce de sa faute, alors, s’il pleurait ? Partagé encore peine et méfiance, Even hésitait à avancer. Pourtant, il aurait aimé savoir pourquoi l’autre pleurait ainsi : il avait toujours détesté voir quelqu’un pleurer.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 24/11/2009 08:13:52    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Tomber du ciel...Comme cela devait être douloureux. Non pas à cause de la chute, qui n'en serait pas moins violente, mais quel désespoir devait ressentir les anges échoués sur les toits ! Quel qu'en soit la raison, devoir rester sur terre pour toujours parce qu'on a perdu ses ailes, comme cela devait être terrible. Comment ne serait-ce que continuer à vivre, si ce n'est dans l'espérance d'un envol prochain, vers ce ciel que l'on chérit plus que tout...

Le jeune garçon détourna alors rapidement ses yeux ''bouts-de-ciel'' , ce qui ramena quelque peu Cloud à l'instant présent. Ses chaussures...La raison n'aurait jamais tolérer ni même imaginer qu'un orphelin laissa à l'abandon, sans protection aucune un bien si précieux et rare des toits. Mais de raison, Cloud n'en avait plus lorsque son esprit le quittait au profit de rêves bien plus beaux que l'horizon terne des toits. Puis, le demi-ange secoua la tête en signe de négation. Négation de quoi déjà ? Ah oui, ce n'était pas du ciel qu'il venait. Il leva ensuite un bras sanglant vers un toit sur sa droite.

- Non… D’ici.

La vue du sang provoquait des sentiments toujours contradictoires chez lui. Sa couleur brillante semblait venue d'un autre monde. Son écarlate rendait sombre et éteint le reste du monde. A chaque fois, Cloud se disait qu'il s'agissait d'une des plus belles couleurs qui existent. Pourtant, elle lui écorchait presque les yeux. Tâche vermeil contrastant si fort dans son univers gris, blanc, pâle, beige. Et bleu. Bleu comme les yeux de l'inconnu. D'ailleurs, à la vue de la blessure du jeune garçon demi-ange, Cloud ne put retenir une expression de surprise de passer sur son visage. Il n'aurait pas jurer que son sang serait aussi pourpre que celui des autres orphelins. Le rêveur dût donc se résoudre à accepter une bonne fois pour toute que le demi-ange n'était pas tombé du ciel. Ceux qui étaient nés là-haut n'avaient sûrement pas le sang rouge.

- Tu… pleures ? Pourquoi ?

La voix du demi-ange le sortit de ses pensées, une fois encore. On avait plusieurs fois conseillé à Cloud de ne pas rêver trop quand il était en présence d'autres personnes, mais il n'avait jamais essayé. Pourquoi s'empêcher d'être ce qu'il était ? Tiens, sa voix n'était pas très grave, ni criarde, ni même écorchée. Quoique un peu faible, basse et enrouée. Mais cela était dû à un trop long silence. Cloud le savait bien, car auparavant, il était resté souvent sans dire quoique ce soit et les premiers mots qu'il murmurait sonnaient exactement pareil. Sa voix était agréable. Bien qu'elle exprima fortement la méfiance. De toutes façons, tout son corps se méfiait. Une pensée fugace dans l'esprit du rêveur : Il ressemblait finalement peut-être plus à un animal sauvage qu'à un ange. Avant de répondre, Cloud effaçait déjà cette dernière pensée : l'un n'empêchait pas l'autre. Car on n'était jamais plus libre et plus sauvage que là où il n' avait pas de règles. Comme dans les nuages.

«Parce que c'est beau.»

Il allait se taire, ne rien rajouter, mais après réflexion il continua.

«Je te l'ai dit, tes yeux sont comme le ciel. J'aime le ciel.»

Pour Cloud, sa réponse première réponse suffisait amplement à comprendre ses pleurs. Ce qu'il avait rajouté était superflu. Mais il savait que parfois, on ne le comprenait pas. Ou on interprétait mal ce qu'il disait. Un visage passa dans son esprit. Ce que tu dis, tu sais ce que tu as pensé avant...Mais pas les autres. Alors, on ne se comprend pas. Cloud ferma les yeux quelques instants et essuya sa joue humide de ses longs doigts fins. Cette personne essayait toujours de le retenir avec elle, sur les toits, alors qu'il était évident qu'il préférait les nuages. Au final, elle ne pouvait plus du tout voler, gisant quelque part, ou alors se décomposant sous d'autres cadavres dans le tas du charnier. C'était idiot de vouloir rester ensemble sur les toits. Si seulement elle avait compris qu'il lui suffisait de le rejoindre.

Lorsqu'il rouvrit finalement son œil unique sur le garçon, il le sentit hésitant, voir tourmenté. Peut-être qu'il ne le comprenait pas, lui non plus ? Souvent, Cloud ne faisait pas attention à ce que les autres les comprennent ou non. Mais c'était un demi-ange, même si son sang était rouge. Et puis, il était plus jeune que lui. Alors, il rassembla les parcelles éparses de son esprit et se présenta, le regard à la fois perdu au loin et dans les yeux bleu-vert du garçon :

«On me surnomme Cloud. J'aime bien. C'est comme les nuages.»

Il chercha un peu ce qu'il était convenu de faire lorsqu'on rencontrait quelqu'un pour la première fois puis finit par se rapprocher du garçon de quelques pas, lentement. Il pencha légèrement la tête sur le côté, toujours de son air rêveur.

«Tu as mal ?»
_________________
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 03/12/2009 23:45:23    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Il était vraiment étrange. Restant là, devant lui, sans défiance, immobile, l’œil brillant. Que cherchait t-il ? L’esprit trop méfiant d’Even fonctionnait rapidement. Que voulait-il ? Avait-il provoqué sa chute consciemment pour l’arrêter ? Pour lui parler ? Ou même… Le tuer ?
Non. En se perdant dans une longue contemplation du jeune homme qui le fixait, il ne put que se résigner. Ce dernier n’avait rien provoqué. Il avait l’air tellement à part. Comment un orphelin à l’air aussi pur que lui avait-il fait pour rester en vie tout ce temps passé sur les toits ? Etait-il seulement seul, comme lui ?
Mais… et lui alors. Pourquoi se posait-il toutes ces questions ?

D’où était-il tombé ? Oh, du mur, là-bas, avoir trébuché contre les chaussures du garçon. Mais les chutes n’étaient pas rares sur les toits, tout comme les blessures. Il fallait bien se soigner, c’est tout. Car même si le corps s’est radicalement endurcit depuis qu’ils vivaient là, les maladies et les infections touchaient bon nombre d’orphelins lorsque ce n’était pas les voleurs d’enfants qui les prenaient.
Mais c’est seulement après qu’il remarqua les larmes sur sa joue. Pourquoi pleurait-il ? La question qui passa ses lèvres ne fut même pas retenue par sa méfiance naturelle. Comme si son être entier avait souhaité la poser. Peut-être parce qu’il voulait la réponse. Peut-être parce qu’il avait peur de l’entendre. Peut-être… parce qu’il se sentait un peu coupable ?

« Parce que c'est beau. Je te l'ai dit, tes yeux sont comme le ciel. J'aime le ciel. »

Ses paroles le surprirent une nouvelle fois. Ses yeux… ? Ils ne les avaient jamais vraiment observés, ses yeux. Il s’était pourtant toujours dit qu’ils ressemblaient à un ciel calme, ou à un fond de flaque d’eau. Rien d’exceptionnel, en fait.
C’était d’ailleurs son frère qui la première fois lui fit prendre conscience de son regard plus qu’étonnant, lorsqu‘il était encore enfant : « Tu as des yeux magnifiques, Even. Ils sont un cadeau du ciel. Ce sont des trésors, mes trésors. » A la suite de cela, le jeune garçon s’était beaucoup observé dans un miroir. Mais tout ce qu’il avait trouvé… c’était que ses yeux ressemblaient au ciel de ce jour-là : bleu pâle. Bleu pâle et vert léger. Ses parents trouvaient ses yeux étranges, Axel les trouvaient magnifiques. Bout de ciel et fond de rivière, comme les paysages près de chez eux.
Ses yeux n’étaient que des souvenirs.

« On me surnomme Cloud. J'aime bien. C'est comme les nuages. »

Cloud… Even, à demi anglais, pouvait aisément traduire se mot qu’il avait de nombreuses fois vu dans ses livres d’enfant. Nuage. Alors… Il était un nuage, lui ? Doux, passif, se laissant porté par le cours des choses, flottant rêveusement en observant les autres sans un mot.
Pourtant, là, il avançait vers lui. Était-il vraiment un nuage ? Ou.. Est-ce le vent qui le poussait vers lui, parce qu’ils devaient se rencontrer ?
Le nuage et l’enfant aux yeux de ciel.

« Tu as mal ? »

Even n’avait pas reculé, cette fois. Il l’observait venir à lui, un peu ailleurs. Mais la douce voix le ramenant de force à la réalité, il le regarda un moment sans comprendre, avant de baisser son regard sur son bras. Cela saignait toujours, mais il avait déjà oublié la douleur.
Alors il releva la tête vers lui.

- Non… Plus beaucoup.

Puis, immédiatement, il baissa sa garde. Comme si l’air rêveur et la gentillesse émanant de ce jeune homme l’avait séduit. Comme si… il n’avait plus peur.
L’observant toujours en fronçant légèrement les sourcils, car il ne comprenait pas pourquoi il se comportait ainsi devant un inconnu, il finit par poser sa main valide sur son front, dégageant de devant ses yeux quelques longues mèches blondes pour pouvoir mieux observer Cloud.

- Je.. m’appelle Even. Pourquoi… as-tu laissé tes chaussures, là-bas ? Savais-tu.. que j’allais venir ?

Puis, en penchant légérement la tête sur le côté :

- Est-ce que.. tu m'attendais ?

Il posa sur lui un regard vairon interrogateur. Car oui, peut-être que quelqu'un l'attendait toujours, quelque part. Even n'avait jamais perdu espoir à ce sujet. Sa voix reprenait un peu plus d’assurance, comme s’il rapprenait lentement à parler pour enfin se jeter à l’eau. Elle était toujours aussi basse, comme la caresse d’un vent d’été, mais ne paraissait plus aussi méfiante qu’avant.
En effet, lui si indifférent normalement paraissait maintenant intrigué par ce joli nuage.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 18/12/2009 06:30:19    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Non… Plus beaucoup


Cloud se contenta d'hocher la tête. Cette réponse le satisfaisait. Un peu comme un léger réconfort. Les anges ne devraient jamais avoir à subir quelques souffrances que ce soit. Le jeune garçon leva une main pour dégager son front pâle des mèches trop longues qui l'aveuglait à demi. L'éclat irréel de ses yeux sembla encore plus vif, une fois son visage mieux exposé à la clarté matinale. Silencieux, Cloud observa encore un instant les morceaux de ciel qui tenaient lieu de regard chez le jeune garçon, avant d'hocher de nouveau la tête, comme favorable à ce que les yeux inhabituels du garçon soient mieux visibles, puis il s'aperçut qu'il le regardait avec une intense curiosité.

- Je.. m’appelle Even.

Even...C'était doux, comme nom. Cloud songea que cela lui allait bien. Il n'en avait pas encore entendu pareil, ici. Mais les anges portaient forcément des noms peu communs ici-bas. Pourquoi l'esprit de Cloud s'obstinait-il à comparer l'enfant à une créature ailée ?Lui-même n'aurait su dire.

Pourquoi… as-tu laissé tes chaussures, là-bas ?

La surprise se peignit à nouveau sur les traits du rêveur. Pourquoi ? Quelle drôle de question ! Cloud n'aimait pas spécialement porter des chaussures. Ca servait juste à ne pas se faire mal. Il y avait parfois des choses blessantes et dangereuses sur les toits. Mais Cloud n'y accordait pas d'importance. Il était depuis si longtemps sur les toits que de toutes façons, souffrir physiquement était comme une habitude qu'il avait prise. Sur les toits, tout était rude. Cela dit, ce n'était pas une raison pour dédaigner ainsi le fait d'être l'heureux possesseur d'une paire de chaussures quasiment neuve. On aurait pu les lui voler n'importe quand, voir même le frapper pour les obtenir. Allez savoir comment le jeune homme avait réussi à les conserver jusque là.
En vérité, il ne les chaussait que rarement, lors de longs trajets par exemple. Il allait répondre à cet ''Even'' qu'il préférait simplement marcher pieds nus, pour tout un tas de raison qui auraient l'air futiles et légères si ce n'était pas lui qui les invoquaient, mais le jeune garçon continua sa tirade.

Savais-tu.. que j’allais venir ?

Son expression de surprise s'estompa, alors qu'il regarda plus intensément le jeune garçon de son unique œil, ce dernier penchant la tête sur le côté, continuant plus fébrilement à parler. Cloud pensait d'ailleurs qu'il parlait beaucoup, soudainement. Mais le rêveur ne s'en plaignait pas, car la voix d'Even ne lui était pas désagréable. De plus, la voix du jeune homme d'abord si faible commençait à se réhabituée à être de nouveau utilisée. C'était comme si le petit ange se relevait doucement de sa torpeur.


- Est-ce que.. tu m'attendais ?

L'œil unique et solitaire de Cloud fixa un certain moment le jeune garçon. Jusqu'à ce jour, personne n'avait jamais réussi à lire quoi que ce soit derrière la couleur sombre de son regard, toujours un peu ailleurs, à moitié endormi. En plein rêve éveillé. Et pourtant, quand il se mettait à fixer avec attention les gens comme ça, on sentait bien que derrière ce regard, aussi borgne fut-il, la réflexion était intense. Finalement, Cloud décida qu'il aimait bien ce garçon demi-ange. Il se pencha légèrement vers lui.

«...Moi...J'attends...depuis toujours.»


Il avait soigneusement choisi ses mots. Les mots sont des armes aussi efficaces que les fusils ou les couteaux. On ne peut pas les éviter, à moins de se boucher les oreilles et de fermer les yeux pour ne pas lire sur les lèvres, et se priver de deux de ses sens sur les toits était de la folie. Pourtant, les mots, c'est ce qui causent la plus grande douleur, celle de l'âme. Cloud savait cela et c'est pour cela qu'il parlait peu. Il s'approcha davantage du jeune garçon, qui le regardait avec interrogation, entrant désormais dans son «périmètre» : porter un coup et le tuer serait étonnamment facile. Sur les toits, laisser quelqu'un s'approcher aussi près, c'était avoir une confiance absolue en lui, ou alors...désirer mourir.

«Et toi, est-ce que tu me cherchais ?»


Il leva sa main droite et l'avança vers le visage d'Even, comme pour le caresser du bout des doigts, puis il la laissa retomba dans le vide sans même effleurer le garçon. Il se redressa, puis recula de quelques pas. On n'avait pas le droit de toucher comme ça les anges. Bon, ce n'était pas tout à fait un ange. Mais il s'en approchait. Cloud sourit doucement. Sa soeur, si lointaine dans ses souvenirs, lui avait souvent-dit de ne pas parler aux étrangers. Mais lorsque l'on vient au monde, tout est étranger. Ne faut-il pas apprendre à connaître d'autres personnes, afin qu'elles ne soient plus des étrangères ? Cloud ne voulait pas que le demi-ange reste un étranger.

Sur les toits, plus on grandissait, plus on se voyait poser cette question :

«Quel âge as-tu ?»


Parce que, plus on vieillissait, plus la réponse à cette question devenait secrète. Alors, Cloud voulait savoir le secret du demi-ange.
_________________
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 24/01/2010 04:11:07    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

[ Pardooon, pour cet impardonnable retard ( Je te le redis ici ). Franchement, là, j'abuse. M'enfin, je ne vais pas me justifier encore. Sache juste que je suis désolée .___. J'éviterais de recommencer. Promis ! ]


Son regard était vraiment troublant. Comme s’il le détaillait de toute part, l’inconnu en face de lui ne cessait de l’observer de son seul œil visible. Pourquoi, d’ailleurs, Even n’en voyait-il qu’un ? Cependant, son éducation ayant toujours été stricte dans sa plus petite enfance, Even, même maintenant, en gardait des traces incurables, qui telles de profondes entailles, ne se refermeraient jamais. Tout comme celles présentes sur son cœur, d’ailleurs.
Alors, il se présenta, imitant le jeune homme qui avait de même quelques secondes plus tôt. Cependant, il ne s’attarda pas sur sa personne. Son nom, seulement son nom. Pourquoi Cloud en saurait plus ? Et… pourquoi cela l’intéresserait-il ? Alors, il porta son attention sur tout autre chose, et c’est alors que son regard vairon tomba sur les objets qui avaient provoqué sa chute : les chaussures de Cloud.
Il était si rare d’apercevoir un tel objet laissé à l’abandon, ou du moins, aussi loin de son propriétaire. Sur les toits, une paire de chaussure était rare, même une seule chaussure l’était. A tel point que parfois, il n’était pas rare d’apercevoir un orphelin voler à un cadavre ses chaussures comme ses vêtements, ou encore les derniers objets lui restant. Mais pouvait-on vraiment parler de vol, puisque l’enfant était mort ? Parfois témoin de ce genre de scène, Even s’était souvent posé la question, mais sans trouver de réponse. De toutes façons, cela l’indifférait : peut-être devra-t-il faire ça, lui aussi, un jour.
Sa réflexion ne dura en réalité que quelques secondes. Car rapidement après sa question première sur le pourquoi de la présence ici de ces objets, il enchaina. Est-ce que Cloud l’avait attendu ? Cette question avait toujours énormément tracassé Even. Selon son frère, il y avait toujours quelque part une personne qui nous attendait, si elle ne nous recherchait pas. Depuis sa naissance, cette personne avait toujours été son frère. Mais à présent qu’il n’était plus, le jeune garçon était seul, décidément bien seul.

« ...Moi...J'attends...depuis toujours. »


Lorsque Cloud se pencha vers lui, le jeune garçon ne bougea pas, ne cilla pas. Depuis toujours ? Mais qu’attendait-il, depuis tout ce temps ? Even voyait bien que derrière ces pupilles sombres, le garçon semblait s’être perdu dans ses pensées. Le regard ne brillait plus de cet air constant de rêverie, étant à présent comme plus concentré. Mais à quoi pouvait-il bien réfléchir ?
Finalement, le jeune homme s’était approché, encore. Si Even esquissa un mouvement de son corps pour se reculer, il ne le fit pourtant pas. Tenant toujours son bras blessé contre lui, dissimulant le sang de sa paume, il l’observait s’approcher toujours sans ciller, comme si, au fond, il n’en avait pas besoin. La poussière qui tombait sur les toits pourris, il la connaissait trop à présent pour s’en inquiéter. Cependant, accepter une personne aussi près, c’était soit se soumettre à la mort, soit lui accorder une entière confiance. Ce qui, pourtant, n’était pas le cas ici, pour aucun des deux choix. Pourquoi, alors, ne reculait-il pas ? Un moyen de défier la mort, à présent qu’il n’avait plus à perdre ? Non. Il s’agissait encore de sa stupide naïveté, une fois de plus. Celle qui le forçait stupidement à croire en tout, encore et toujours. Et là, il croyait en Cloud. C’est pour cela que lorsque ce dernier leva une main pour toucher son visage, Even ne bougea pas. Seuls ses yeux, seule partie de son corps semblant encore vivante, s’éclairèrent un instant d’une légère surprise. Et davantage lorsqu’il laissa finalement retomber sa main, pour reculer. C’est alors qu’enfin, il se décida à répondre à sa question. Et comme d’habitude, il ne réfléchit guère avant de prononcer ses mots :

- Est-ce que… je te cherchais ? Je crois… que ça fait longtemps que je suis à la recherche de quelque chose. Est-ce que.. C’est toi, que je devais trouver ? Cloud… Cloud, le nuage ? Mais tu ne m’appartient pas, pourtant.

Dans son esprit, une vieille image remonta. Celle de lui-même, dans son ancienne chambre trop richement vêtue. Et lui, allongé à plat ventre sur le sol, âgé seulement de 6 ou 7 ans, lisant avec plaisir un livre enfantin en anglais qu’il adorait pour ses belles images, mais qui ne lui avait été offert que pour qu’il apprenne, encore et toujours, et soit meilleur que les autres. Ses parents ne lui laissait jamais aucun répit. Et sur une page, la vingt-troisième, se rappelait-il avec exactitude, figurait l’image d’un joli nuage, avec le mot, en dessous, écrit en lettre capitales et parfaitement lisibles : « A CLOUD ». Un nuage. Le nuage. Ce nuage. Even observa avec plus d’attention le jeune homme. Si un jour il aurait du se représenter un nuage vivant, sûrement l’aurait-il imaginé comme l’était le jeune homme. D’aspect doux, agréable à la vision, et avec ce continuel air rêveur et lointain, comme s’il se laissait porté par la brise de ses pensées.

- Oui… tu fais un très joli nuage, je crois.

Ces mot lui échappèrent, alors qu’il était repartit dans sa réflexion. Cloud le nuage, Cloud l’être humain, Cloud l’orphelin. Y’avait-il, au fond, grande différence ?

«  Quel âge as-tu ? » furent les mots, pourtant banals, qui le sortirent de ses pensées.


Haussant deux légers sourcils surpris, Even cilla, et reposa sur Cloud un regard plus présent.

- Mon âge ? Je ne… Quinze ans, je crois. Oui… Normalement, j’aurais dû avoir quinze ans il y a quelques jours. Est-ce que le temps compte toujours, même ici ? Pourtant, les anniversaires, eux, ne comptent plus.


Il semblait, quelque part, un peu attristé que tout soit changé, ici. Pourtant pas capricieux, Even avait certains bons souvenirs de ses anniversaires passés avec son frère si précieux. Pourquoi maintenant, tout cela devait-il être effacé ? L’âge, pour lui, n’avait jamais été ni un tabou ni une crainte, malgré les quelques discours qu’il avait entendu à ce sujet depuis son arrivé. Even, malgré son jeune âge, ne se faisait pas d’illusions : pour le moment il continuait à survivre, mais bientôt, il allait mourir. Comme tous les autres.

- Et toi, quel âge as-tu ?

Simple curiosité, puisque Even n’accordait aucune importance à l’âge. Progressivement, il s’était détendu, et n’affichait à présent plus aucune méfiance envers le jeune homme. Comme un animal qui, finissant par s’habituer à la présence que lui imposait l’homme, ne s’en méfiait plus du tout, et le considérait même comme un être indispensable de son existence, au risque de se laisser dépérir. Ce qui était, le plus souvent, à ses risques et périls.

- ... Es-tu un nuage solitaire ?

Oui. C'en devenait vraiment dangereux.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 31/01/2010 23:49:48    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

[dsl je te presse un peu pour répondre et finalement je mets plus d'une semaine pour répondre u_u'']



Le petit ange avait à peine bougé, tout juste dessiné une esquisse de mouvement lorsque Cloud s'était penché vers lui. Le petit ange était si naïf. Et il n'avait pas non plus détourné les yeux, ces yeux azurs, des siens, sombres et sans fond. Le petit ange était si innocent. Se rendait-il seulement compte de l'importance qu'avait les quelques mètres qui l'entouraient, ici, sur un toit désert ?

- Est-ce que… je te cherchais ? Je crois… que ça fait longtemps que je suis à la recherche de quelque chose. Est-ce que.. C’est toi, que je devais trouver ? Cloud… Cloud, le nuage ? Mais tu ne m’appartient pas, pourtant.

Un mince sourire éclaira le visage rêveur de l'orphelin. Quel adorable petit ange.

«Devais-tu trouver quelque chose qui t'appartienne forcément ?»

Les anges sont si fragiles. Ils ne peuvent pas vivre enchaînés au sol, sinon ils se laissent dépérir. C'était ce que Cloud pensait. Mais celui ci avait l'air bien. Il ressemblait vraiment à un orphelin. Peut-être même qu'il en était un. Le sourire de Cloud se ternit un peu. Les rêves finissent parfois par s'estomper. Et c'était impossible de rattraper un rêve lorsqu'il s'envolait vers le cimetière de songes. Cloud avait plusieurs fois essayé, en vain. Lorsqu'un rêve se déchirait, ses lambeaux prenaient leur envol si vite, qu'on avait déjà presque oublié son souvenir avant même qu'il ne se soit totalement dissipé. Comme au réveil, lorsqu'on n'arrive pas à se remémorer le rêve que l'on vient de faire, alors qu'avant d'ouvrir les yeux, il était si clair dans notre esprit.

Oui… tu fais un très joli nuage, je crois.

Cloud observa encore un instant le visage semi-interrogateur, mais moins perdu que quelques instants plus tôt, d'Even, puis il se détourna légèrement, tournant son visage pensif sur la gauche, le regard soudain fixé sur le trait discontinu de l'horizon entrecoupé d'immeubles un peu plus haut que les autres.

«De toutes façons, les nuages n'appartiennent à personne.»

Bizarrement, tout semblait terne, un peu gris, ce jour-là. Comme pour mieux souligner le regard coloré de l'ange. On aurait dit deux morceaux de ciel qui flottait dans la brume. Mais il n'y avait de brume que dans l'esprit de Cloud. Sur les toits, cette drôle de vapeur, ces nuages flottant au ras du sol, était très rare, et les orphelins apprenaient vite à s'en méfier. Parfois, des poursuivants se dissimulaient derrière les volutes grisâtres.

- Mon âge ? Je ne… Quinze ans, je crois. Oui… Normalement, j’aurais dû avoir quinze ans il y a quelques jours. Est-ce que le temps compte toujours, même ici ? Pourtant, les anniversaires, eux, ne comptent plus.

Cloud écouta, mais ne se tourna pas vers Even, à qui il ne montrait depuis un moment, que son profil. Il l'écouta, et si il avait été un orphelin comme un autre, il aurait rit. Peu de gens avait jamais entendu le rire clair et doux de Cloud. Ceux qui en avait eu le rare privilège s'en souvenait toujours. Ils racontaient que si le vent savait rire, alors cela ressemblerait certainement au rire de Cloud. Mais ce genre d'histoire ne survivait pas longtemps sur les toits. Comme leurs conteurs, qui payaient souvent de ne pas plus se préoccuper de leur survie.

Mais Cloud n'était pas seulement un orphelin. C'était un rêveur. Et les mots un peu idiots, mais dit si innocemment, recueillirent à la place un autre regard du jeune homme. Le petit ange était adorable.

«C'est ici que le temps compte le plus.»

Cloud se tût. Il hésitait à lui dire que les anniversaires ne comptaient plus car un seul compterait. D'une façon vraiment lourde. Et irrémédiable. Celui des 22 ans. Tout orphelin devait le savoir. C'était presque inscrit en eux. Cloud ne se pressait pas de les atteindre, ces 22 ans, mais le jour où ce serait le cas, il mourrait. Et, sûrement, rejoindrait-il les autres nuages, là-haut.

Et toi, quel âge as-tu ?

Cloud répondit d'un ton neutre :

«Peut-être...Sûrement au alentours de 18 ans.»

Mais Even n'avait guère attendu de réponse pour reprendre, presque trop rapidement, comme empressé.

- ... Es-tu un nuage solitaire ?

Le rêveur marqua un léger temps d'arrêt, dévisageant de son œil unique le demi-ange. Sans qu'il ne le remarque vraiment, il s'était détendu, abandonnant toutes méfiances, toutes tensions. Il était à présent tellement différent de l'être à moitié sauvage qu'il avait rencontré quelques moments plus tôt, dont les yeux clairs ne marquaient que sa suspicion des autres, menaces potentielles.
Le vent, qui s'était tut quelques instants lorsque les deux orphelins avaient commencé à parler, comme pour saluer la rencontre des rêveurs, souffla de nouveau. C'était si rare, en Diamonds, de rencontrer quelqu'un. Les rafales de vent ne durèrent cependant guère, et après cette intermède venteuse, Cloud se pencha à nouveau vers Even.

«Qu'est-ce que c'est, la solitude ?»

Il se redressa ensuite, ferma même les yeux, ou plutôt son seul œil, savourant le reste de souffle de vent qui agitait faiblement ses cheveux. Fermer les yeux face à un inconnu, c'était comme mourir.

«Je ne déteste pas ça.» lâcha-t-il.

Voilà, ils étaient à égalité. Le petit ange n'avait plus peur de lui. Le petit ange ne se méfiait plus. Le petit ange lui accordait un peu de sa confiance. Et Cloud fermait les yeux.
_________________
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 13/02/2010 10:55:33    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

[ Lol, mais t’en fait paas =3 Regarde moi, je ne suis vraiment pas mieux -__-' ]

    Cloud était un nuage. Even en était persuadé, maintenant. Cet air, à la fois nostalgique et apparemment détaché de tout, comme si sans forcer, sans briser ses chaînes, le nuage se laissait porter au gré du vent.

    « Devais-tu trouver quelque chose qui t'appartienne forcément ? »

    De son air plus détendu, Even observa le jeune homme en face de lui. Puis, il pencha la tête sur le côté, comme songeur. Non, il avait raison. Tout ce temps Even s’était fait une fausse idée de ce qu’il devait être, et le nuage était porteur de vérité. Trouver une chose ne signifie pas forcément l’acquérir, encore un mauvais réflexe légué par son éducation bourgeoise.

    - Non… tu as raison. Je crois que tout ce temps, je me suis fait de mauvaises idées. Car à vrai dire… je ne sais même pas ce que je recherche.

    S’il avait affiché une mine perdue l’espace d’un simple instant, Even se reprit vite. Il aimait être terre à terre en présence « d’inconnus » à défaut de ne jamais l’être en temps normal. Son frère lui avait trop souvent reproché d’être bien trop rêveur, mais quelque part, il le lui reprochait toujours avec un certain amusement, une certaine douceur. Comme si, au final, cela ne le dérangeait pas plus que ça. Mais à présent qu’Even était seul, il devait faire attention. Ou à force de se conduire comme une brebis égarée, il finirait par être croqué.

    «  De toutes façons, les nuages n’appartiennent à personne. »

    Les yeux vairons se tournèrent vers le jeune homme, qui lui ne le regardait plus. Ainsi, Even en profita pour observer davantage les traits ronds mais fins, les cheveux chocolat, l’étrange bandeau, cet air détaché de tout, constamment pensif. C’est ensuite qu’il assimila plus facilement Cloud à un nuage. De par son nom, de par son attitude. Le jeune homme paraissait plus âgé que lui, ce que, ensuite, il confirma. Dix-huit ans… ? Even savait qu’il y avait une limite à l’âge, sur les toits. Bien sûr il ne s’en souciait pas. Il y avait bien trop longtemps qu’il était seul, à présent. Et Even, depuis ce temps, ne souhaitait que partir à son tour. Alors il attendait patiemment l’âge de ses vingt-deux ans, celui où il partirait, comme les orphelins. De toutes façons, son esprit se mourrait lentement, toujours ailleurs, jamais sur terre. Il avait rejoint les nuages, lui aussi.
    Et son cœur, lui, était mort depuis bien longtemps.

    Ils s’observèrent ensuite, un long moment durant. Even n’en était pas certain, mais toute méfiance semblait avoir disparu. Il reconnu aussi, avec un certain pincement au cœur, que lui aussi avait abandonné sa méfiance habituelle. Il se renfrogna un instant : ce n’était pas normal, ça. Mais Even n’avait jamais été un être méfiant. Il était avec cette candeur propre à l’enfance, et avait gardé en grandissant cette pureté et cette innocence dans ses yeux de ciel. Tout n’avait changé que depuis qu’il était ici. Depuis qu’il fréquentait l’horreur, la pourriture et la puanteur. Depuis qu’il vivait sur les toits.
    Et Cloud, alors. Pourquoi avait-il l’air toujours aussi pur, lui ? Vivait-il seul, comme lui ? C’est pourquoi il le lui demanda, même si sa façon de parler paraissait toujours aussi étrange.

    Le vent ne soufflait plus dans ses cheveux, et Cloud se pencha vers lui. Et ce fut à présent le souffle de celui-ci, qui remplaça le violent élément lorsque le nuage lui parla :

    «Qu'est-ce que c'est, la solitude ?»

    La solitude… ? Sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, les traits d’Even affichèrent une sincère surprise. Il ne se retenait plus, maintenant, n’affichait plus un visage qu’il avait calculé dans l’instant, mais affichait un visage immédiat à ce qu’il ressentait. Un visage sincère : celui de son enfance qui ne l’avait, au fond, jamais lâché. Comme si la simple rencontre avec Cloud avait fissuré le masque de froideur qu’il s’était forgé durant toutes ces journées de solitude sur les toits. Tout son travail, anéantit en quelques minutes. Tout ça à cause d’une personne, dont il ne connaissait que le nom et l’apparence.

    «Je ne déteste pas ça.»

    Even leva une nouvelle fois les yeux vers lui. À quoi pensait-il, en ce moment même ? Fermer les yeux devant quelqu’un, c’était entièrement s’abandonner. Even n’avait jamais fermé les yeux devant quelqu’un, et peut-être ne le ferait-il jamais. Même brisé, des morceaux de son masque demeurait, du moins pour l’instant. Il pouvait lui parler, le regarder, l’écouter, lui accorder de sa confiance - même en grognant, il ne pouvait que reconnaître que c’était déjà le cas -, mais fermer les yeux… était-ce vraiment possible, ça ?

    - Je pense… qu’à partir du moment où on y a goûté, à cette effrayante solitude… on n’en a plus peur. Moi, en tout cas, je n’en ai plus peur.


    Sa voix, malgré tout, restait toujours aussi basse. Il n’avait jamais crié. Crier, c’était interdit, alors il ne criait pas. Il ne souvenait que d’une fois, où il avait crié. Celle où le corps de l’unique personne à ses côtés avait glissé entre les toits, où il était certain d’avoir entendu le craquement sourd d’un corps se brisant sur le sol. Là, il avait crié. Et il ne voulait plus jamais le faire. Even secoua légèrement la tête, faisant virevolter ses cheveux d’un blond sale. Ils seraient plus clairs, normalement, si tout ce temps de pourriture sur les toits ne les avaient pas autant salis. Les toits salissaient tout. Ils salissaient les vêtements, ils salissaient les cheveux, il salissaient les joues, la peau et le corps. Ils salissaient l’âme, aussi, d’une couverture de noirceur. Mais il y a quelque chose, chez Even, qu’ils ne saliraient jamais : c’était ses yeux, qui eux, refléteraient toujours la couleur du ciel.
    D’ailleurs, il l’observait, ce ciel dont il se sentait si proche. Même s’il était gris, aujourd’hui, Even se disait qu’il devait avoir la couleur de ses yeux.

    - Et puis… nous ne sommes jamais seuls. Je crois qu’au fond, je ne me suis jamais senti seul. Triste, mais pas seul.

    De nouveau, les yeux vairons se tournèrent vers le visage aux cheveux chocolat de Cloud.

    - Tu te sent seul, toi ? Pourtant, regarde… murmura-t-il, tournant encore le regard vers le ciel. Puis, il leva légèrement les bras, s’abandonnant face à son élément.
    Regarde le ciel, au-dessus de ta tête. Il est toujours avec toi, nuit et jour, quelque soit le temps qu’il te donne à voir. Parfois, il pleure, mais c’est pour mieux te laver. Il s’éclaire de son soleil pour te réchauffer, il s’illumine de la clarté de la lune pour te veiller lorsque tu t’endors. Et parfois, il neige. Moi, j’aime jouer dans la neige.

    Alors, il sourit. Depuis combien de temps n’avait-il pas sourit ? Fermant un instant les yeux, il se retourna vers Cloud, rebaissant les bras. Son visage, alors illuminé par ce léger sourire, ne paraissait plus appartenir aux toits. Car sur les toits, on ne souriait pas. On ne riait pas, même. On se cachait, on survivait quelques années, pour mourir après. Mais les rêveurs de Diamonds ne suivaient pas cette loi. Eux, ils rêvaient, ils rêvaient à un monde meilleur. Even, en cet instant, rêvait d’un monde où le soleil est léger, et où il pourrait jouer dans la neige.
    Un monde que peut-être, un nuage pourrait lui offrir. Parce que ce sont les nuages, qui protègent le ciel. Ce sont eux, qui pourraient lui ouvrir la porte de l’Eden, du Paradis.
    Alors, Even regarda Cloud, et ses yeux avaient retrouvé la candeur de l’enfance.

    - Dis, Cloud… Tu la connais, la route pour aller vers le ciel ? Moi, je ne la trouve pas. Est-ce qu’un jour, tu pourrais m’y conduire ? S’il te plait.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 22/02/2010 05:23:01    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

Le Temps s'écoulait-il plus vite, pour les anges ? Si oui, pourquoi gardaient-ils éternellement leur apparence enfantine et mutine ? Qu'il était bête parfois, les anges sont et restent toujours des enfants. Jusqu'à la fin des temps, ils visitent en trottinant les toits, leurs petits pieds s'écorchant aux pièges du sol brûlant, humide, pavé d'éclats de verre. Jusqu'à la fin du monde, ils se reposent sur les grands cumulonimbus, oreillers douillets de blancheur immaculée, rebondis. Et de temps en temps, ils s'amusent sur les altocumulus, jeu céleste semblable à la marelle. En tout cas, le Temps passait certainement moins lentement que sur ces toits de Diamonds, si calme, sans la moindre agitation physique, où on avait parfois l'étrange sentiment qu'il ne s'écoulait plus du tout. C'était du moins, la conclusion à laquelle parvenait l'esprit de Cloud lorsqu'il voyait Even changer si rapidement d'expression.

Un instant méfiant, l'autre surpris, le suivant songeur, puis sérieux, inquiet, décontenancé, à nouveau songeur, mais toujours son visage au teint clair, de douceur se paraît. Même la surprise se peignait paisiblement sur ses traits enfantins, ainsi que l'inquiétude envahissait doucement ses grands yeux bleus, les recouvrant délicatement d'un voile plus sombre.

- Non… tu as raison. Je crois que tout ce temps, je me suis fait de mauvaises idées. Car à vrai dire… je ne sais même pas ce que je recherche.


Il ne savait pas ce qu'il cherchait, mais pourtant, il cherchait encore, comme Cloud cherchait toujours dans ses rêves la véritable évasion. Le rêveur trouvait cela très triste, de ne pas savoir ce qu'on cherche, de ne pas savoir ce qui nous manque. En même temps, cela expliquait sûrement que derrière l'éblouissante candeur et innocence du garçon, par delà ses grands yeux clairs et purs, Cloud décelait quelque chose de plus sombre, ces ténèbres encore à l'état de pénombre dans un coin de l'âme, mais qui s'avèrent les plus meurtrières car elles dévorent peu à peu le cœur. En était-il conscient ? Cloud n'aurait su dire, car plus Even parlait et moins il semblait si innocent et ignorant des ''mauvaises choses''.

- Et puis… nous ne sommes jamais seuls. Je crois qu’au fond, je ne me suis jamais senti seul. Triste, mais pas seul.



Even leva encore ses yeux azurés vers le rêveur qui le fixait, avec une expression intéressée, ce qui était très rare.

- Tu te sent seul, toi ? Pourtant, regarde…
murmura-t-il, tournant encore le regard vers le ciel. Puis, il leva légèrement les bras, s’abandonnant face à son élément.
Regarde le ciel, au-dessus de ta tête. Il est toujours avec toi, nuit et jour, quelque soit le temps qu’il te donne à voir. Parfois, il pleure, mais c’est pour mieux te laver. Il s’éclaire de son soleil pour te réchauffer, il s’illumine de la clarté de la lune pour te veiller lorsque tu t’endors. Et parfois, il neige. Moi, j’aime jouer dans la neige.


Cloud écouta, silencieux. Ce silence n'était pas un silence comme ceux des autres. C'était le silence doux et rêveur de Cloud. Parce qu'il ne savait pas parler en même temps que ses rêves lorsque ceux-ci l'emportaient bien trop loin de ce sol, de ces toits gris. Et chaque mot que prononçait Even l'emmenait un peu plus loin, un peu plus haut. L'emmenait dans son monde. Le monde d'Even était bien. Un monde où la pluie rend pur et propre, où le soleil réchauffe plutôt qu'il ne brûle, où la lune veille au lieu de vous rendre visible aux yeux des Poursuivants, et où la neige n'était qu'un jeu et non un linceul glacé destiné à recueillir votre maigre corps une fois que le froid aura eu raison de vous.

Ce monde-ci était différent de celui de Cloud, certainement par son côté idéal, presque gentil. Pour Cloud, dans son univers onirique, tout était inutile. Il n'eut cependant pas le temps d'y songer davantage car le visage du petit ange s'éclaira d'un sourire. Et ce fut comme si le rêveur se réveillait quelques secondes de son long sommeil éveillé. Les anges sont vraiment surprenants, même ceux qui ne portaient ce nom que pour leur apparence. Et ce sourire, plus précieux que les autres car si rare, était parvenu à lever un instant le voile lointain qui habillait toujours les yeux de Cloud. Pour une fois, il était réellement là. Juste pour savourer le sourire d'Even. Pour regarder vraiment un rêve qui s'était échappé du monde de l'esprit. Qui avait traversé la barrière entre rêve et réalité : le sourire d'un ange.

Ce fut ce même ange qui, baissant ses bras fins, se tourna vers Cloud, dont l'expression était toujours aussi illisible. Quelque chose entre attention, mélancolie et réflexion. Ce même ange qui, se débarrassant de toute méfiance, inquiétude et appréhension, souriait toujours. Ce même ange qui sourit encore. Ce même ange qui demanda, de sa douce voix :

- Dis, Cloud… Tu la connais, la route pour aller vers le ciel ? Moi, je ne la trouve pas. Est-ce qu’un jour, tu pourrais m’y conduire ? S’il te plait.


La route qui conduisait aux cieux ? Certainement qu'il en connaissait au moins une. Celle des rêves. Mais cette réponse ne conviendrait sûrement pas au jeune garçon. Cloud réfléchit un moment, ne se lassant pas d'observer la clarté du sourire d'Even, avant de répondre d'une voix redevenue lointaine.

«Si tu veux partir sur cette route, je te les donne.» fit-il simplement tout en pointant du menton la paire de chaussures responsables de leur rencontre.

Puis, il se tourna légèrement sur la gauche, vers Hearts, puis sur la droite, qui continuait dans les territoires de Diamonds quelques temps avant d'atteindre Clubs.

«Mais elle n'est pas ici, la vraie route.» finit-il par déclarer en secourant la tête.

Puis il se tourna de nouveau vers Even.

«Il n'y a pas de fleurs, au ciel.»

Cette dernière phrase sonnait à la fois comme une explication au fait que le chemin du firmament ne se trouvait pas à Diamonds, et comme un avertissement. Il jaugea encore une fois l'orphelin, puis sourit à son tour.

«Tu sais, les nuages n'ont pas besoin de savoir comment trouver la route qui mène à leur demeure.»

Cette fois-ci, la phrase résonna comme un long regret.
_________________
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 09/03/2010 17:31:19    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

S’il savait ce qu’il recherchait, tout serait plus facile. Du moins, c’est la réflexion que se faisait souvent Even, le soir lorsqu’il ne parvenait pas à s’endormir. Il était dur, déjà, de réussir à dormir sans craintes sur toits. Oh, bien sûr, les premiers jours on ne dormait pas. Les premiers mois, on somnolait, parfois. Puis petit à petit, on devenait si débrouillard que dormir n’était plus un problème : en effet le sommeil devenait si léger qu’il nous protégeait enfin, comme chacun de nos réflexes.
Even, lui, était dans cette période où il réussissait depuis peu à dormir. Il était sur les toits depuis de longs mois, maintenant. Peut-être bientôt une année. Et enfin, il réussissait à dormir, parce que lorsqu’on dormait, on rêvait. Et lorsqu’on rêvait, tout devenait beau.
Et puis, pouvait-on être triste lorsqu’on était pas seul ? Even, au départ, était triste parce qu’il était seul. Mais il comprit rapidement qu’on était jamais vraiment seul, sur les toits.
Alors, il se retourna vers Cloud, et lui montra l’immensité des lieux partagés avec le ciel. Avec candeur, il lui montra son monde. Et Cloud écouta.

Mais il ne manquait qu’une seule chose à Even. Il ne recherchait pas la compagnie des autres : il avait trop peur de la perdre de nouveau. Il ne recherchait pas la satiété : il se contentait toujours de peu. Non, ce qu’il recherchait, c’était le chemin pour monter là-haut. Le chemin pour aller jusqu’au ciel, parce que tous les jours, le ciel l’appelait. Mais Even, lui, ne pouvait que le regarder de ses grands yeux rêveurs et mélancoliques, teintés d’une tristesse à couper le souffle, parce que lui, il ne désirait que se trouver sur la route pour aller vers le ciel.

« Si tu veux partir sur cette route, je te les donne. »

En même temps que Cloud, ou presque, Even se tourna vers les chaussures du rêveur, qui avaient d’abord provoquées sa chute, puis leur rencontre. Silencieux, le jeune garçon les observa longuement, et d’un pas, s’en approcha. Sa candeur était-elle qu’il se demandait vraiment si ces objets pouvaient le conduire là-haut. Alors, il releva la tête vers le ciel gris, et l’interrogea du regard. Mais aucune réponse ne vint, si ce n’était celle qu’Even formulait toujours de lui-même dans sa tête.

« Mais elle n'est pas ici, la vraie route.
Il n'y a pas de fleurs, au ciel. »


Pas de fleurs au ciel ? Stoppant sa muette demande, Even baissa les yeux vers Cloud avec une leur interrogatrice dans les yeux, qui lui le regardait à présent. Longuement, leurs regards se mêlèrent, et le jeune garçon resta tout aussi silencieux, observant cette œil unique au milieu de ces cheveux chocolat.
Mais tout ce marron se teinta de soleil lorsque Cloud sourit soudainement. Et pourtant, il n’y avait eu aucune éclaircie. Le regard d’Even s’agrandit légèrement, tandis qu’il observait, muettement, Cloud sourire.
Il n’y avait rien de plus beau que le sourire d’un rêveur.

« Tu sais, les nuages n'ont pas besoin de savoir comment trouver la route qui mène à leur demeure. »

Even lui jeta un regard où brillait la surprise. Cloud était-il… triste ? Non, il ne devait pas l’être. Les rêveurs n’étaient pas tristes, puisqu’une d’une simple pensée ils pouvaient changer le monde. C’était ainsi que le garçon aux yeux clairs fonctionnait : lorsqu’une chose ne lui plaisait pas, pour ne pas être blessé il se renfermait. Et aussitôt, dans sa tête, tout était bien plus beau.
Ce regret qu’il sentit alors dans les paroles de Cloud ne lui plut pas du tout. De nouveau, son regard vairon s’assombrit légèrement, tandis qu’il délaissa les chaussures pour s’approcher de Cloud. Finalement, il n’avait plus peur. Et il s’approcha de lui.

- Moi non plus, je ne peux plus rentrer chez moi. Mais… J’aimerais tant trouver le chemin qui me mène là-haut, dans le ciel. C’est là-bas, chez moi. Mais je n’y parvient pas.

Pensivement, il secoua la tête, observant les horizons grisâtres des toits. Puis, ne quittant pas cette vue sale et pourtant si familière, il parla de nouveau.

- Tu es triste, Cloud… ? Pourtant il ne pleut pas. Lorsque les nuages sont tristes, ils pleurent, non ? Et leurs larmes nous lavent et nous purifient.

Parlant peut-être plus pour lui-même que pour l’autre garçon, Even releva la tête vers le ciel. Non, il ne pleuvait pas. Peut-être s’était-il trompé ? Alors, il reposa les yeux vers Cloud. Et soudainement, son regard pensif s’éclaira d’une bref lumière. Il venait de trouver une idée. Alors, de nouveau, il lui sourit faiblement.

- J’ai quelque chose, si tu veux, pour ne plus être triste. Est-ce que tu veux voir ?

Il lui tendit la main, dans une invitation muette et enfantine. Peut-être Cloud ne la prendrait-il pas, mais dans ce cas, Even ne serait pas vexé. Après tout, il avait été le premier méfiant.
Mais à présent, il voulait seulement rassurer le joli nuage.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 21/04/2010 08:56:04    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

[dsl encore et encore pour ce très long temps de réponse...de plus j'ai jsute relu en diagonale donc dsl pour les fautes qui sont passées au travers u_u'''']


Lueur dans le lointain. Lueur douce, claire. Reflet dans son regard. Le matin gris qui s'était levé s'estompe. Un fin voile lumineux se pose sur les toits, s'étendant paresseusement le long des immeubles. Les couleurs changent. Se révèlent. Mais si imperceptiblement, que le gris demeure maître. Seuls les yeux d'Even brillent davantage encore de leur éclat bleuté. Instant. L'ange est si proche à présent. La crainte n'est même plus l'ombre d'un souvenir. L'ange est là. Si près. Et si loin, inaccessible.

Le regard cendré du rêveur est posé sur le visage de l'ange. Son expression est légère et profonde à la fois. Semblable à celle de tous rêveurs.

- Moi non plus, je ne peux plus rentrer chez moi. Mais… J’aimerais tant trouver le chemin qui me mène là-haut, dans le ciel. C’est là-bas, chez moi. Mais je n’y parvient pas.

Évidemment. Bien sûr que sa demeure se trouve dans les plaines célestes. Comment pourrait-elle se trouver ailleurs ? Voilà à peine quelques instants que le petit ange est tombé du ciel et voyez combien il souffre. Pauvre petit ange. Les toits sont le paradis de la terre. Mais ils sont si bas et si laids lorsque l'on vient du ciel. Le voici qui porte ses yeux vairons, noyés de tristesse, vers les toits si familiers et si douloureux à la fois. Ses pensées se lisent sur son visage.

- Tu es triste, Cloud… ? Pourtant il ne pleut pas. Lorsque les nuages sont tristes, ils pleurent, non ? Et leurs larmes nous lavent et nous purifient.

Alors le rêveur, pris d'affection pour Even, lui murmura :

«Je doute que des larmes puissent purifier, Even.»

C'était la première fois qu'il prononçait le nom de l'orphelin. Il a avait franchi ses lèvres comme un ruisseau passe sur des rochers. Sans heurt. Cloud ne prononçait que les noms de ceux qui comptaient. Et Even comptait. Surtout lorsque s'éclairait son regard, de la lumière de l'enthousiasme.

Hélas, il avait tort. Les larmes roulent comme des rochers sur le versant d'une joue, aussi pesantes que des cailloux. Une goutte d'eau salée remplie de chagrin, et malheureuse comme les pierres.

- J’ai quelque chose, si tu veux, pour ne plus être triste. Est-ce que tu veux voir ?

Il lui tendit la main, douce invitation à la rêverie à deux, peut-être. Surtout autre chose. Surtout le choix de s'attacher de nouveau, lui de nuage. De nouer un lien, ténu, tendu, peut-être un jour rompu, mais un lien. Comme ce fil rouge du destin qui brilleraient à travers le gris des toits, flottant doucement dans l'air. Menant à Even. Surtout encore, une croix griffonnée sur la solitude. Cette solitude rêvée d'autrefois. Il ne lui prit pas la main, mais lui dit :

«Si ne plus être triste, c'est être heureux, alors montre-moi.»

Parfois, Cloud se sentait tomber à l'intérieur de lui-même et son âme se tordait misérablement. Parfois, Cloud ne savait plus rêver qu'il allait bien et disparaissait derrière l'ombre dans son cœur. Parfois, Cloud oubliait jusqu'aux songes colorés et aux anges assis sur les nuages.


Parfois, Cloud le rêveur était moins qu'un rêve.
_________________
Revenir en haut
Even
Orphelin

Hors ligne

Messages: 40
Âge: 15 ans.
Résidant: Diamonds
Armes de prédilection: Rien. Il ne se défend qu'avec son corps.
Tendance: Inconnu.

MessagePosté le: 09/06/2010 23:26:54    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

[ Pardoooon pour le retard ;___; ]

Les nuages pleuraient, pourtant, parfois. Il en était certain. Cloud n’était pas de ces nuages là ? Après tout, peut-être existait-il plusieurs catégories de cumulus, Even n’en savait rien. Pour lui, il n’y avait que deux types de nuages: les nuages gris, ou noirs, ceux qui étaient toujours en colère et grondait ; et à côté, ceux blancs, duveteux, qui parfois pleuraient, mais toujours d’une tristesse douce, reposante, apaisante. Et qui même, parfois, laissaient entr’apparaître entre deux larmes un magnifique arc-en-ciel. Even n’en avait vu qu’une seule fois, et il attendait une nouvelle expérience de ce genre avec grande impatience.

« Je doute que des larmes puissent purifier, Even. »


Son nom le ramena à la réalité, et ce n’est qu’ensuite qu’il analysa puis comprit la phrase de l’orphelin. Il ne put alors empêcher son visage d’afficher une moue plus triste, bien que toujours aussi rêveuse, aussi candide. C’était une tristesse enfantine, de celle des gamins qui réalisent en grandissant que le monde n’est pas aussi beau qu’ils le croyaient dans leurs jeux.

- Elles ne le peuvent pas… ? Pourtant, je suis certain que quelques unes d’entre elles… Cloud ? Tu pleures ?


Ainsi, si, tous les nuages pouvaient pleurer. Cloud pouvait pleurer. Il pleurait.
Even observa avec attention mais compassion la légère larme couler sur le versant de sa joue, sitôt suivie d’une deuxième, puis d’une troisième. Comment cesser ce flot de larmes, de toute l’impuissance de sa petite personne ? Even se sentait mal, mis de côté de ne pouvoir point partager sa tristesse et ainsi alléger son fardeau. Si seulement Cloud parlait plus, s’ouvrait plus.
C’est pour cela qu’il eut cette idée. Il ne savait comment, mais il allait tenter de diminuer sa peine. Even était éternellement des plus optimistes. Pourquoi ne réussirait-il pas ?

« Si ne plus être triste, c'est être heureux, alors montre-moi. »


Cloud ne prit pas sa main, mais Even lui adressa un doux sourire rassurant, confiant.

- Je ne sais pas ce qu’est être heureux. Mais je sais ce que c’est de ne plus être triste. C’est cela que je veux te montrer. Heureux… je ne sais pas.


Ainsi était-il, ce petit ange rêveur aux yeux multicolores. Aussi franc qu’un gamin, puisqu’on ne lui avait jamais appris à être autrement. Mais sa franchise avait un parfum de gaieté, de joie facile puisqu’un rien l’émerveillait, presque. Even n’avait pas eu d’enfance, ou alors une enfance bâclée, rejetée. Il n’avait donc jamais complètement grandit, et seul son corps avait atteint l’âge de quinze années. Il demeurait donc tel qu’il était, certes enfantin, mais d’une gentillesse candide et tendre.

- Viens.


Fut le seul mot qu’il prononça, laissant au Nuage le seul loisir de le suivre puisqu’il ne le guiderait pas de sa main.
Even traversa donc le toit, gardant son bras blessé contre son corps. Cela commençait légèrement à le lancer de nouveau. Les toits étaient sales, et la moindre blessure pouvait se révéler dangereuse. Mais l’Ange ne pensait qu’à jeter de brefs regards derrière lui, pour s’assurer que Cloud le suivait toujours.
Au bout d’un moment, peut-être un peu long, à traverser une demi-douzaine de toits et à sauter quelques obstacles, ils arrivèrent à l’endroit qu’Even souhaitait atteindre.

Ils avaient atteint un espèce de lieu sauvage, sauvegardé. À l’instar des autres endroits des toits, celui-ci semblait épargné. Calme, sensible. Et beau. Pour une fois, ils pouvaient le dire. C’était à peu près une sorte de trou entre les toits. Un lieu un peu en contrebas, entouré ou enfermé entre quatre bâtiments plus haut. Ici, puisque le toit était plat, bas, et entouré de bordures, l’eau qui s’écoulait du ciel s’y était entassé, jusqu’à former une sorte de lac calme et doux, protégé du vent et du soleil brûlant. Autour, d’ailleurs, y poussaient quelques rares plantes, peut-être laides et insignifiantes, mais des formes de vie malgré tout. Mais ce n’était pas ce qui enchantait Even. Lorsqu’on se mettait à observer fixement la surface de ce « lac » comme il l’appelait, on pouvait y voir - lors des beaux jours - le ciel s’y reflétait. Aujourd’hui, le ciel était gris, mais depuis qu’ils marchaient, une légère éclaircie était apparue. Alors, presque timidement, les nuages et le bleu du ciel se reflétèrent dans ce lac sur le toit.
Et c’est ce qui arracha un large sourire à Even, qui se retourna vers Cloud, le visage soudainement illuminé.

- Alors ? Ne trouves-tu pas que c’est joli, et que cela vaut bien que l’on oublie son malheur quelques minutes ?


L’orphelin se tourna de nouveau vers la surface lisse, un peu plongée dans l’obscurité lorsque le soleil ne traversait pas les nuages. Il fut un instant illuminé par une nouvelle mais brève éclaircie, qui fit scintiller la surface de l’eau et lui brûla les yeux, avant qu’il ne se retourne vers le Nuage.

- Es-tu toujours triste, à présent, Cloud ?


En tout cas dans les yeux d’Even, toute tristesse avait disparue, ne laissant qu’une lueur d’espoir. Car sous les cieux, qui lui semblaient toujours plus proches lorsqu’il les voyaient dans le lac, il se sentait toujours un peu chez lui. Et ce n’est que dans ces moments là qu’il se disait naïvement qu’il n’était pas seul, et qu’il allait forcément s’en sortir.
Revenir en haut
Cloud
Orphelin

Hors ligne

Messages: 92
Âge: 18 ans
Résidant: Diamonds
Tendance: potentiel uke mais qui sait ?

MessagePosté le: 09/08/2010 18:34:48    Sujet du message: En rêvant de pigeons... Répondre en citant

[ahem...no comment sur le retard...]

- Je ne sais pas ce qu’est être heureux. Mais je sais ce que c’est de ne plus être triste. C’est cela que je veux te montrer. Heureux… je ne sais pas.

Even avouait donc ne pas savoir...Et donc, ne pas connaître...? Cloud ne pouvait pourtant croire qu'un ange n'ait pu connaître ce qu'ils appelaient «le bonheur»...Surtout si cet ange pouvait sourire rien qu'avec le regard. Avec ce regard aussi bleu que le ciel.

- Viens.


Ce n'était qu'un mot, un petit mot. Mais cela suffit pour décider Cloud à suivre l'orphelin. Le rêveur ne se pressait pas, d'ailleurs il ne se pressait pour ainsi dire, jamais. Peu importait puisqu'Even se retournait régulièrement. Il lui jetait un coup d'œil, furtif certes, mais bien suffisant pour s'assurer que Cloud le suivait bien. Le rêveur reconnaissait certains passages, au début, mais très vite ce furent des lieux inconnus. Les toits, bien qu'ils n'étaient pas infinis, s'étendaient tout de même en une immensité, parfois plaine, parfois labyrinthe. Even se faufilait partout avec grâce. Et une certaine fragilité. Là où Cloud se déplaçait calmement, avec une certaine retenue et même un peu d'élégance, Even sautillait. Léger, et libre. Et aussi, comme s'il se fondait complétement dans cet environnement pourtant hostile. Lui pourtant issu de ciel. Cloud nota quand même qu'il tenait son bras blessé tout contre lui. Le rêveur se promit de faire plus attention à ses chaussures.

Finalement, ils parvinrent à une clairière. Oui, c'était comme une clairière. Un endroit comme celui-ci, Cloud en avait déjà vu. Là où de l'eau stagnante ressemble moins à un gîte à moustique qu'à un étang agréable. Comme des criques, des abris. Des lieux où on était à l'abri du Monde. Très loin de tout, aussi. Mais celui-ci était peut-être un peu différent. Parce que c'était comme une clairière, c'était lumineux. Et l'eau et la lumière avait transformé la mare en petit « trou de verdure où coule un rivière » [j'aime bien plagié !xD] .

Cloud, pourtant, bien qu'agréablement surpris, ne vit presque pas le miracle de la vie incarné par les plantes qui s'épanouissaient là. Juste le bleu. L'étendue bleue et ses nuages, l'infini azur et ses parcelles blanches dans le miroir de l'eau. C'était très beau. Ca devait être à ça que ressemblait la mer, si elle existait vraiment.

Even se retourna, le visage rayonnant d'un immense sourire et illuminé par ses grands yeux bleus.


Alors ? Ne trouves-tu pas que c’est joli, et que cela vaut bien que l’on oublie son malheur quelques minutes ?

Il se tourna encore vers le petit lac qui se mit à scintiller, à la faveur d'une éclaircie. C'était vraiment beau. Un peu comme si le ciel du jour se paraît des étoiles de la nuit. L'orphelin le regarda à nouveau.

Es-tu toujours triste, à présent, Cloud ?

Sa voix encourageante, son expression émerveillée et sa jolie naïveté arrachèrent un sourire au rêveur. Très doux. Ce sourire si doux qui lui était propre.

«C'est vrai...On dirait le ciel.»

Cloud s'avança jusqu'au bord du bassin. On aurait dit qu'il pouvait toucher ce ciel tant aimé. Comme dans son rêve. Il se baissa et tendit la main. Mais lorsque le bout de ses doigts effleurèrent le surface de l'eau, le rêve se brisa. Le ciel se cassa en milles rides cruelles, en milliers de cercles parfaits. Ce n'était que son reflet. Le rêveur se redressa. Il tournait toujours le dos à Even quand il dit d'une voix douce :

«Merci...C'était gentil.»

Puis, il se retourna, et sourit de nouveau. C'était toujours son sourire si doux, mais c'était aussi un sourire un peu triste.

«Tu peux t'occuper de ton bras, ici.»

Cloud s'approcha du jeune garçon et prit sa main blessée dans les siennes, tièdes. Il n'aimait toujours pas le rouge et il détestait encore la vue du sang mais il l'embrassa. Du bout des lèvres. Délicatement.

«Pardon.»

Il ne souriait plus. Il commença à lâcher les doigts d'Even.
_________________
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé





MessagePosté le: 22/09/2017 20:03:43    Sujet du message: En rêvant de pigeons...

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Yokkai Index du Forum -> Yokkai - Centre -> Quartier est - Diamonds Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation

Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com