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:: Solyloquy's Clock [Naoki] ::

 
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Innocence Takahashi
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Innocence
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MessagePosté le: 23/02/2010 23:48:53    Sujet du message: Solyloquy's Clock [Naoki] Répondre en citant

Un sanglot au lointain qui perce soudain le silence de Diamonds. Je relève le nez, intrigué par cet appel lancé à mon âme délicate. Je m'envole sous le soleil déclinant, à l'origine de cette énigmatique frimousse que je découvre quelques mètres plus loin. Il est jeune le pauvre enfant, assit sur son derrière une main séchant vainement les larmes sur son visage opalin. Je m'avance prudemment, doucement. Pour ne pas l'effrayer. Mes iris céruléennes l'observent, attendant de voir si on le cherche ou non. Mais manifestement la réponse est négative. Il est adorable avec sa chevelure de jais collée par la sueur, ses vêtements usés recouvrant sa carcasse malingre. Il ne doit pas avoir plus de huit ans, et je déplore sa solitude par un soupir lâché au vent. Depuis quelques mois j'erre à la recherche d'âmes semblables à la sienne, pour oublier que mon malheur à moi me dévore les entrailles lentement. J'ignore combien de temps il me reste encore, mais le sablier s'effondre insensiblement sur lui-même. Je ne serai bientôt plus qu'un murmure, un nom que l'on reconnaît à peine, lâché à l'oubli des cieux. Je suis revenu ici, alors que je l'évitais volontairement depuis plusieurs semaines. Je cherche encore ces réponses que je n'ai pas sur l'origine de notre monde, pour noyer mon ennui. En vain. J'y reviens toujours, attiré par Diamonds comme l'insecte et la lumière. Encore aujourd'hui je revenais sur les lieux de l'infâme tristesse, bercé par le chant monotone qu'Azusa me laisse encore. Pas même le plus infime murmure ne m'est parvenu sur ces légendes, comme si le passé s'était effacé avec les générations précédentes. Peut-être que la vérité n'est détenue que par les cadavres pourrissant du charnier finalement.

Un nouveau hoquet.

Mon attention revient sur le jeune garçon qui pleurniche toujours au centre du toit. Je m'avance encore, silencieux ange sur l'immeuble désert. J'appose une main rassurante sur son épaule, lui offrant un tendre sourire aimant. Il lève soudain ses iris attendrissantes sur le masque impassible et bienveillant. Il marque un temps, battement de cils adorable avant de comprendre que je ne lui veux aucun mal. L'enfant se jette soudain contre ma taille, l'enserrant de ses bras malingres. La petite tête brune sanglote encore, rassurée enfin de trouver un main qui se tende à lui. Je glisse mes bras faméliques autour de sa carcasse fragile, et murmure à son oreille mille et une paroles tendres. Je lis bien dans son regard toute la détresse qui le broie de se retrouver ainsi abandonné. Je glisse mes doigts osseux dans sa chevelure rebelle, pour replacer enfin quelque mèche sur son visage. Ses petites mains agiles se saisissent alors de mon poignet, interrogation silencieuse sur l'origine des bandages qui dissimulent la peau blanche, et du grelot qui teinte joyeusement à son gré. Un simple battement de cils. La question n'est pas là, je dois conduire la brebis dans un lieu sûr. Le flattant d'une douce caresse je le prend sur mon dos à l'échine osseuse. Une question. Une seule. Et il me répond qu'autrefois un groupe d'enfants l'accompagnaient et qu'il s'est perdu lorsque des Poursuivants les ont trouvé. Je laisse un sourire amère fendre mes lèvres, expression qu'il se trouve incapable de voir. Un pas, puis deux. Je m'élance, ange élégant sur les toits crasseux.

Je saute sur un immeuble voisin, ma vélocité surprenante fait rire le petit garçon qui lui aussi se sent pousser des ailes. Je souris avec lui, emporté soudain vers des souvenirs lointains. Je prends la direction de Clubs, seul endroit où j'ai dernièrement croisé âmes qui vivent. Mon envole ne dure que quelques minutes avant que je ne sois en vu du seul quartier que j'évite plus que tout. Les enfants là-bas me semblent cruels, mais la description de la tête brune est néanmoins évidente. C'est que je les trouverai. Et bientôt je m'arrête, stabilisant mon élan près d'une passerelle. J'attends que mon souffle revienne, maudissant intérieurement la faiblesse de mes poumons. La maladie s'est d'ailleurs exagérément dégradée depuis quelques temps, et j'en suis revenu à un stade que je croyais ne plus jamais vivre. Tous les jours je prie les cieux de me rendre le souffle, en vain. La magie de l'innocence s'est envolée avec le monstre qui me l'a ravi. Cette douce illusion n'est qu'un leurre pour ignorer le fait que je vais crever comme l'ange autrefois tombé du ciel. Une légère lueur dans le soleil déclinant dessine au loin la silhouette d'un petit groupe d'orphelins. Je m'avance prudemment, conscient que mon visage est désormais associé à celui d'un adulte. J'ignore comment le message est passé, toujours est-il que je suis une ombre à Diamonds, et que le Lièvre n'est rien de plus qu'un rat qu'on doit chasser. Dissimulant mon visage de l'ombre de ma chevelure, je relâche le garçonnet qui s'élance soudain joyeusement vers ses compagnons. J'esquisse un sourire, bien que je préfère conserver mes distances.

" Merci de l'avoir ramené. Tu veux venir t'asseoir ? "

Je considère quelques secondes la proposition pour la décliner aussitôt. Je préfère éviter de m'attirer la foudre des garçons, ma peau en porte encore les stigmates. Pourtant celui qui vient de me héler de la sorte s'approche de moi. Un gars plutôt robuste, tout du moins plus imposant que ma carcasse fébrile. Il me scrute, jusqu'à tomber sur mon regard bleu, ma chemise sertie de cœurs et le grelot ambré à mon poignet. Je vois soudain la lueur de compréhension glisser dans ses iris d'onyx. Les pensées semblent affluer dans son cerveau, mais le Lièvre est plus attentif qu'il n'y paraît. Depuis des mois je ne laisse plus mon vrai nom demeurer en ces lieux. Je ne suis que le servant du Chapelier, délirant Lièvre de Mars, l'adulte véloce de Diamonds.

" Hey, mais tu s'rais pas ... "

Trop tard.

Je m'envole déjà loin, avant même qu'il ai eu le temps de formuler sa question. Je refuse les coups en guise de remerciement. Savoir ce garçon hors de danger me comble déjà intensément. Je coure sous le crépuscule naissant. Mes pas légers sont le seul témoins de ma présence en ces lieux. Une ombre, rien de plus, qui s'élance à travers le néant pour oublier qu'elle même ne vit plus depuis longtemps. Mon souffle s'éteint encore au fil de mes pas, mais je préfère ne pas en tenir compte quitte à m'écrouler dans le vide. Je lève soudain le nez lorsque la pluie s'éprend du début de soirée. Je sais où je vais, cet endroit que personne n'ose approcher et où j'ai établi sans doute ma dernière demeure. Je contemple au loin la cime éventrée de l'horloge, tandis que mes ailes prennent une ampleur délirante avec la vitesse de mes pas. L'humidité s'imprègne de mes vêtements mais je n'en tiens pas vraiment compte. C'est seulement à cet instant que je sens battre mon cœur mort. Oublier, tout oublier jusqu'à cette vie abandonnée. Alors je grimpe jusqu'à la carcasse aux entrailles visibles. Les rouages grincent avec ce vent glacé qui les caresse. Harassé je m'écroule soudain à genoux, saisit par une nouvelle crise que je devinais durant ma course. J'étouffe, les doigts répandus sur ma gorge laiteuse. Mais ici au moins personne ne peut voir le masque s'effondrer à nouveau. La torpeur me dévore lentement alors que je suffoque. Mon visage est noyé de larmes souffreteuses, j'implore soudain le souvenir de Azusa, mais en vain. Rien n'est capable d'apaiser le souffle qui s'échappe et la brûlure infâme que je sens naître dans ma poitrine. Une minutes, puis deux, et enfin je ne les compte plus. Mes bras retombent mollement sur le sol, lorsque déchiré de souffrance l'air me revient enfin. J'aspire désespérément le vent humide, ma chevelure répandue sur le sol en quelques fils ténébreux. La sueur colle le reste de ma crinière sur mon front et ma nuque. Je frissonne soudain dévoré par un chagrin démesuré.

Mes iris s'égarent sur le ciel ombrageux. La pluie s'écrase en une douce mélodie sur la cime de l'horloge qui me protège en son sein. Le silence retombe, le vent chante et m'amène un doux relent d'autrefois. Je demeure allongé sur le sol, fébrile carcasse tremblante. Et c'est ainsi que la mascarade s'achève. Je laisse enfin tomber le masque bienveillant du Lièvre, pour endosser la peine du véritable Innocence. Mon visage opalin se voit offrir soudain la faveur des larmes, et je laisse la tristesse s'extirper hors de moi. Azusa. Il est encore et toujours mon obsession, ce mince filet d'amour qui me fait garder un pied dans le monde des rêves. Je frissonne, soudain agité d'horreur par l'impression des ailes sombres de Ake sur mon corps. Mes doigts se crispent jusqu'à en percer la chair. Je ne suis qu'un ange maudit, souillé dans toute sa beauté et sa candeur. J'ignore ce que je cherche encore. Je n'ai plus de raison d'exister, mis à part celle d'apporter le sourire. Mais ce n'est que le jumeau de mon esprit, exalté encore par mes envoles sur les toits de ce monde orphelin. Tic Tac. L'horloge gémit encore. Mes bras répandus dans le vide sont à présent ornés de nombreuses gouttes de pluie. Je laisse le soin au sommeil de m'emporter, bien qu'il se refuse encore à moi. Je devine sous mes yeux clairs la naissance de cernes bien noires. La douleur est infâme, j'ignore comment couper la queue du serpent pour qu'il cesse de se la mordre. Souvenirs sur souvenirs se précipitent derrière mes paupières. Azusa, Ake, Jester, Chester.

Le vent fait soudain teinter le grelot à mon poignet, humble cadeau du Dieu de ces toits. C'est aujourd'hui l'objet qui alimente l'histoire du Lièvre de Mars à Diamonds. On l'entend venir, précédé du tintement de la clochette puis repartir sans pourtant l'avoir aperçu. C'est amusant, je vais bientôt fêter la première année du décès de mon aimé, je n'ai toujours pas trouvé de mélodie pour le célébrer. Le grelot teinte encore. Douce résonance dans l'abysse obscure de Diamonds. Pourtant je sais que personne ne viendra me trouver. On dit cet endroit hanté, et on prétend le Lièvre de Mars tout aussi fou que le Chapelier. J'ignore d'où est parti la rumeur, mais Innocence lui, n'existe pas.

Juste un humble murmure sur les toits.

_________________


Dernière édition par Innocence Takahashi le 26/02/2010 22:20:09; édité 1 fois
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MessagePosté le: 23/02/2010 23:48:53    Sujet du message: Publicité

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Naoki
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MessagePosté le: 26/02/2010 09:21:23    Sujet du message: Solyloquy's Clock [Naoki] Répondre en citant

Le voilà encore qu'il déambulait dans les rues de la ville. C'était à croire qu'il ne parvenait guère à rester enfermé entre quatre murs, préférant humer l'air frais plutôt que de perdre son temps à se tourner les pouces et contempler le vide d'un air las. A moins que, inconsciemment, il ne soit à la recherche de quelque chose? En ce cas, il ignorait bien de quoi il s'agissait. Quoi... ou qui. Quoi qu'il en soit, Naoki flânait à nouveau à travers les rues de cette ville qu'il avait tant aimée, autrefois. Mais cette époque était révolue, laissait place au chaos et à l'anarchie, la désolation et la solitude. Il n'existait plus aucune confiance et le mot "entraide" avait perdu de sa signification. A présent, c'était chacun pour soi et Dieu pour tous. Certains venaient tout de même en aide à d'autres personnes, peut-être par pitié, compassion... ou alors poussés par un tout autre sentiment. Mais n'attendaient-ils pas quelque chose en retour? Naoki soupira et se passa une main dans les cheveux, avant de les nouer en catogan. Il s'ennuyait un peu... comme à chaque jour qui s'écoulait, pour ne pas mentir. Ah, si seulement rien de tout cela ne s'était produit! Peut-être aurait-il mené une vie tranquille, peut-être aurait-il eu un amant... et des enfants, qui sait? Avec un animal de compagnie et quelques poissons dans un aquarium qui servait plus de décor qu'autre chose. Il aurait pu être heureux, oui. Seulement, il ne l'était pas et il doutait d'un jour l'être. Sa vie n'était qu'un simple chaos. Il ne savait plus ce qu'était la joie, la gaité, la bonne humeur même... Et de l'amour il avait tout oublié. Ce sentiment qu'il avait un jour connu n'exprimait plus rien pour lui. Tout semblait tellement lointain. Il n'avait connu que des déceptions, rien qui ne fut bien joyeux, alors il continuait de penser que jamais il ne connaîtrait le bonheur.

Qu'était-ce vraiment que le bonheur? Qu'était-ce le bonheur de se sentir aimé? Il n'en savait rien... Il n'avait connu l'amour qu'à sens unique, avait aimé le roi Shin mais... dès le départ, il savait que cet amour était voué à l'échec. Il aurait voulu que les choses soient différentes, qu'elles soient autrement, mais c'était un peu trop demander, n'est-ce pas? Tant pis... Il ne connaîtrait le bonheur qu'à travers celui des autres. Voilà tout. Comme à chaque fois qu'il se promenait dans les sombres ruelles de la ville, Naoki ressentait le besoin de se rendre sur les toits. Au fond, il aurait voulu être encore parmi les Orphelins, mais il 'était trop âgé, trop vieux. S'il tentait de rester auprès d'eux, ils allaient tous le tuer et sans aucune pitié. La preuve en était le jour où il avait manqué de mourir sous les coups et par il ne savait quel miracle... il avait survécu. Stupéfiant, n'est-ce pas? Mais enfin, ce n'était pas cela qui importait pour le moment. Naoki venait de mettre les pieds dans un endroit qu'il n'avait que trop peu fréquenté. Le fidèle quartier Diamons avec ses tours de verre qui se dressaient fièrement tout atour de lui. Plus loin, plus au Nord, se trouvait la Tour de l'Horloge que jamais Naoki ni aucun Dissident, Orphelin ou Poursuivant, ne prenait la peine et le temps de visiter. Quelle dommage... Ce monument ne manquait pourtant pas de charme, bien au contraire. Naoki s'en approcha d'un pas lent et leva la tête au ciel. Les nuages gris et chargés de pluie qui s'amoncelaient ne présageaient rien de bon.

Alors qu'il s'approchait un peu plus de cette tour, dans l'espoir d'y trouver un refuge afin de broyer du noir, profiter d'un instant de solitude sans être dérangé ou bien toujours sur ses gardes, Naoki sentit quelques gouttes s'écraser sur son visage. Et bientôt, une fine pluie vint mouiller ses habits, pénétrer sa peau. Une pluie glaciale et cinglante. Chaque goutte paraissait être une lame de rasoir et transperçait Naoki. Heureusement qu'il avait pris soin de nouer ses cheveux sinon, ces derniers auraient été plaqués contre son visage. Ses habits, à présent, collaient à sa peau et épousaient parfaitement les courbes de son corps. Raaah, mince de mince! Bon, tant pis. Il n'y avait personne alentour donc... Pourtant, cela le gênait. Oui, Naoki est d'une pudeur déconcertante. Même s'il n'y a personne dans les parages... jamais il n'oserait se dévêtir. Même pas contre tout l'or du monde. Et pourtant, il avait l'impression d'être entièrement nu avec sa chemise blanche devenue transparente et son pantalon noir qui laissait deviner les jolies courbes de ses fesses... N'avait-il rien pour cacher son corps? Il lui faudrait songer à voler d'autres habits, ces derniers commençaient à être abîmés à force de subir toutes les intempéries. A la prochaine chasse à la nourriture, Naoki accompagnerait les siens.

Ce fut trempé jusqu'à la moelle des os qu'il parvint à la Tour de l'Horloge et sans la moindre hésitation, il grimpa, commença l'ascension, prenant appui là où il pouvait. Les engrenages étaient d'ailleurs de solides appuis, mais les rouages grinçaient d'une manière des plus inquiétantes et qui laissaient Naoki perplexe, peu sûr de lui. Il espérait que rien ne s'écroulerait sinon... il y laisserait très sûrement la vie. Pourquoi fallait-il toujours qu'il se mette en danger de mort dès qu'il avait décidé de profiter d'un instant de liberté? Il avait ce don d'attirer toujours les ennuis. Enfin, lorsqu'il atteint l'étage souhaité, Naoki retint un cri de surprise. Un peu plus et il aurait fait un pas en arrière... chutant dans le vide pour s'écraser quelques mètres plus bas. Heureusement, il avait su retenir de justesse son geste.


- Euh... Bonjour?

Quelqu'un l'avait devancé, était déjà là, lui avait volé sa place. Naoki ignorait à qui il avait affaires. Un Orphelin? Un Poursuivant? Ou l'un des siens qu'il n'avait jamais rencontré? Il ne savait pas... Mais enfin, il se préparait au combat, s'emparant doucement de son katana et s'approchant d'un pas méfiant et prudent de l'intrus. Il essayait de voir son visage, mais la pénombre le dissimulait. Qui était-il? Que faisait-il là? Que voulait-il? Tellement de questions! Toujours les mêmes questions... Sauf qu'elles n'allaient pas rester bien longtemps en suspens, Naoki en était persuadé. Le garçon se présenterait à lui, sans aucun doute. Sinon... Naoki pouvait toujours le forcer à lui révéler son identité, même si cette idée ne lui plaisait guère. Il laissait une certaine distance le séparer de ce jeune homme/cet homme? Soit pour pouvoir se défendre si ce dernier attaquait, soit pour prendre la fuite le plus rapidement possible si son adversaire s'avérait être bien plus fort et malin que lui. Oui, Naoki défendait les siens... mais il était tout de même lâche par moment. C'est bien ce que l'on appelle communément l'instinct de survie, n'est-ce pas? Naoki tenait tout de même à sa précieuse petite vie même si elle n'avait aucun sens, même s'il n'était pas heureux.
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Innocence Takahashi
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MessagePosté le: 26/02/2010 16:30:59    Sujet du message: Solyloquy's Clock [Naoki] Répondre en citant

Le grelot teinte dans l'abysse obscure de Diamonds.

Je suis toujours là, mon corps répandu sur le sol, les bras ballants dans le vide de l'horloge éventrée. Je souris amèrement alors que la pluie vient se nourrir de la chair de mes mains, noyant la douce mélodie de la clochette usée. Le vent souffle et les nuages s'amoncellent pour révéler parfois la blafarde lueur de l'astre lunaire. Le Lièvre vient de tomber comme chaque soir, petite princesse à deux visages qui se dévoile enfin. Je ne suis plus ce masque de bonté, brisé par l'infâme tristesse du petit garçon dans ma poitrine laiteuse. Les larmes dévorent mes joues blanches, silencieuse rivière qui se perd sur le sol crasseux. Azusa. Azusa. Azusa. Ténébreuse litanie des jours malheureux. Je ne pense qu'à toi, qu'à celui qui nous a séparé. Qu'à celui qui m'a ... Pourquoi ? Pourquoi faut-il que les Poursuivants existent ? Traquent ainsi nos vies déjà bien misérables. Mais c'est un serpent qui se mord aimablement la queue. De réponses à cette question il n'y pas, parce que le savoir semble s'être évaporé avec les rêves mourants du charnier. Le silence s'est installé sur les toits depuis bien longtemps, et je réalise avec amertume toute l'absurdité de ces règles d'enfants. Protéger, et cependant faire montre de cruauté. Un soupir brise le silence venteux. La douleur est infâme, et ronge à présent cet organe palpitant qui me maintient en ce monde. J'ignore après quoi je cours réellement. Azusa n'est qu'un prétexte d'une triste beauté. Mes questions ne sont que mensonges, et ma bonté un masque pour demeurer à jamais dans l'oubli. Innocence va t-il s'envoler lui aussi, pour le pays des rêves qui se meurent ? Cette finalité ne serait-elle pas la plus évidente en fin de compte ? Pourtant je retrouve dans ces sourires abandonnés au Lièvre la joie d'un autrefois révolu. Ce il était une fois où j'ai effleuré l'amour. Un fil bien misérable qu'on n'a pas manqué de rompre lorsque la joie fut bien trop grande.

L'ange n'est qu'une ombre, décharnée et vide du moindre sens. Pathétique.

L'horloge grince soudain en dessous de moi. Elle gémit pour mourir quelques instants plus tard dans le silence de cette nuit orageuse. Quelqu'un vient, franchit les remparts avides du temps qui passe, jusqu'à parvenir au seuil de cette cachette aimable. Une ombre sur la berge de mon existence et qui semble attendre elle-même que le sort la dévore. Immobile je demeure pourtant devant le prédateur. S'agiter ne sert à rien, et d'ici l'envol est incertain. Mes iris céruléennes s'égarent sur les nuages, en parcourent amoureusement le contour, pour disparaître enfin dans les ténèbres de mon esprit. La torpeur gagne mes sens dévorés par la maladie. Tout n'est qu'exagérément plus puissant, consumant jusqu'au dernier rempart de mon souffle fragile. Je l'entends qui siffle dans l'obscurité, se répercutant infiniment contre les parois de l'horloge abandonnée. La crise n'est de toute évidence pas achevée, pourtant je l'ignore au delà de la faiblesse, et revêt le masque du Lièvre pour accueillir mon charmant inconnu. Peu importe son identité, car si ma vie devait se rompre ici, je n'en éprouverai pas le moindre sentiment, juste un aiguillon amère dans ma chair blanche. Mourir sans avoir compris pourquoi. Mais après tout ce temps, je suis résolu au silence des Dieux. Azusa. Pardonnes-moi. Point ici de lâcheté, juste une trop grand lassitude pour lutter encore. Mon désir n'est que d'apporter le sourire, mais bientôt je disparaîtrai comme Cheshire, ne laissant que l'hypothétique souvenir de mes lèvres ourlées de bienfaisance.

" Euh... Bonjour ? "

Un mince filet de voix qui étire sur mon visage un sourire amicale, bien qu'il ne puisse le deviner. Elle est douce cette enchanteresse mélodie à mes oreilles. Rendue hésitante par la crainte. Je ne suis guère ignorant depuis les années que j'ai vécu ici. Chaque nouvelle rencontre n'est que l'avènement d'un combat potentiel. Une effroyable joute à laquelle tous ici s'adonnent. Mais pas moi. J'ai horreur du sang versé inutilement, et je préfère la vélocité de mes jambes à un affrontement direct. Le temps s'égrainent alors insidieusement dans le silence obscure de cette nuit orageuse. L'horloge grince encore, sans doute étonnée d'autant d'activité en son sein aimable. Je la laisse se plaindre mollement avant de me redresser, position assise, mais mains tremblantes. Mon corps est sourd à mes appels et l'épuisement se fait dévorant. La sueur colle ma crinière d'ébène à mon front et à ma nuque. Le Lièvre doit sans doute avoir l'air bien pitoyable. Je me retourne alors pour faire face à la silhouette embaumée d'ombre. J'attends simplement sans esquisser le moindre geste. Les nuages d'un coup de vent délaissent l'horizon, et d'un trait blafard, la Lune éclaire soudain ma maigre prison. Je glisse alors sur l'éclat d'une lame, pour remonter le long de ce corps fatalement maigre mais néanmoins plus imposant que le mien. Je souris devant cette similitude évidente, pour venir ensuite caresser d'une œillade le visage de l'inconnu. Une lueur de stupeur naît dans mes iris, mais pas assez pour en soupçonner l'existence. Il est âgé. Je le vois, je le sens dans ces yeux posés sur ma carcasse frissonnante. Il n'en demeure pas moins touchant cet ange aux ailes d'ombres, avec sa frimousse exsangue et son air un peu triste. Je glisse soudain sur sa chevelure retenu en un élégant catogan répandu sur son épaule. La peau sous le vêtement humide est laiteuse, fragile à ce point que la porcelaine devient mon seul point d'attache.

L'idée qu'il soit un Poursuivant m'effleure soudain, cependant la crainte, cette crainte que je vois se répandre dans son corps n'est pas celle d'un démon. Non. Alors il est peut-être comme moi, errant sur ces toits avides de solitude. Je me lève donc tranquillement, soudain presque heureux d'avoir trouvé quelqu'un de semblable. Un pas, puis deux. Lentement vers lui pour ne pas l'effrayer, et plus effaroucher encore cet adulte/enfant qui se tient devant moi. Mes doigts osseux sont tremblants d'harassement, mais la lueur bienfaisante qui naît dans mon cœur est apaisante. Je laisse un nouveau soupir franchir la barrière de mes lèvres. Mon souffle s'échappe encore, mais je veux effleurer cet ange pour ne pas me dire que tout ça ne fut qu'un rêve. J'avance, jusqu'à me retrouver à sa hauteur, mes iris céruléennes noyées dans les siennes. La lueur blafarde de la Lune ne le rend que plus immatériel encore. Un peu. Juste un peu. Alors mes doigts fébriles s'avancent jusqu'à la garde de son katana. Je presse mes doigts glacés contre les siens en un geste rassurant. Je refuse la violence, l'incitant à faire de même et à abandonner cette posture si peu amicale. Une légère pression, si légère, pour le faire renoncer à cette peur qui envahit ses os, et que je sens progressivement consumer les miens. N'ai pas peur. Semble dire mes deux prunelles océans. D'un sourire je découvre mes dents légèrement jaunies pas la cigarette et le manque de soins. Nous sommes tous misérables ici. Et le grelot teinte à nouveau au rythme de la brise, semblant sceller un lien étrange et tacite entre nous deux.

" Nul besoin de violence en ces lieux. "

Des mots simples pour venir appuyer le geste, murmure cristallin dans ce silence orageux. Je ne veux pas de sang en ces lieux qui sanglotent les murmures d'un temps oublié. Par respect pour les rêves qui se meurent, et les âmes qui hantent encore l'horloge. Diamonds n'est pas Clubs. C'est la résidence éternelle des exaltés, de ceux qui se refusent à comprendre ce que violence peu bien signifier. Nous ne sommes pas tous ainsi, mais le néant désertique et vitreux de notre territoire n'est qu'un vaste songe que nous construisons et alimentons chaque jour. Un murmure plus qu'un rêve, comme moi, comme celui qui se tient, prêt à répandre la douleur bien malgré lui. Toujours perdu sur le visage de l'inconnu, je laisse vagabonder ma pensée, jusqu'à ne plus sentir trace de violence. Alors seulement je me décide à ôter mes doigts des siens. Un tintement. La musique est douce à mon oreille. Je m'en retourne vers la plaie béante de l'horloge pour admirer Diamonds au dehors. A cet instant, Innocence n'est plus. Il vient de se perdre sur les miroirs des immeubles, et pleure désormais avec les nuages. Je glisse mes doigts à l'emplacement de mon cœur. Il palpite douloureusement, en proie à un combat saisissant avec le désespoir. Azusa, es-tu là quelque part ? Fermant les yeux, je songe à son murmure, jusqu'à l'entendre du fin fond de ma mémoire. Aides-le. Semble dire cette voix suave et délicate. Je m'ébranle alors de ma position pour aller quérir dans l'obscurité une couverture élimée à la teinte brunâtre. Mais malgré les âges, elle semble bien chaleureuse dans cette froide nuit pluvieuse. L'objet au creux des mains, je m'en retourne vers mon mystérieux inconnu et lui tend le tissu d'un sourire. La pluie ne l'a guère épargné, et même si ce n'est que prêté, j'aimerais lui apporter cette chaleur qu'il ne semble plus avoir.

Un tintement.

Et je m'en retourne vers les nuages. M'asseyant au bord du gouffre, je laisse mes jambes se délecter du vide, les balançant comme un jeune enfant. Nul besoin de mots dans cette soirée devenue soudain limpide. La pluie cesse alors que les nuages découvrent enfin l'orbe céleste. Mes iris s'égarent sur cette plaine immense, soudain emporté sur le territoire de Dieux. Je cherche encore secrètement la réponse à tout ça, en vain. Tournant la tête, je jette un regard à mon invité. Un tintement, suivit d'un sourire tendre qui ourle mes lèvres blanches. Ici il n'y a rien à craindre, et je l'invite à demeurer en ces lieux d'un geste de poignet, où s'agite l'étrange grelot. Enfin je m'en retourne à ma contemplation silencieuse, pour oublier que Innocence vient de mourir une nouvelle fois. Le Lièvre n'est que sourire, mais il n'en demeure pas moins qu'un bien aimable mirage.

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Naoki
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MessagePosté le: 04/03/2010 11:49:00    Sujet du message: Solyloquy's Clock [Naoki] Répondre en citant

La forme ne bougeait pas. Cette personne, quelle qu'elle soit, semblait comme morte... Et Naoki commençait très sérieusement à angoisser, posant avec un geste méfiant sa main sur la garde de son katana qui pendait à sa taille et claquait contre sa cuisse. Enfin, il s'immobilisa net et retint son souffle lorsque l'homme - ou le jeune homme? - se redressa avec des gestes lents, comme s'il était las et épuisé, n'avait plus la moindre force en lui. Il se releva, se retourna pour faire face à Naoki, mais son visage n'exprima pas la moindre peur et encore moins la surprise de découvrir une personne en âge d'être un Poursuivant. Ces Orphelins, tous les mêmes! Ne craignaient-ils donc pas le danger? Ou bien se fichaient-ils éperdument de leur vie, au point de ne pas vouloir se défendre contre un éventuel danger? Pourtant, s'ils savaient la chance qu'ils avaient d'être encore des Orphelins! Chaque jour, Naoki les enviait... Enviait ce monde dans lequel il n'avait pas su trouver sa place. Peut-être était-ce justement parce qu'il avait voulu tenter de s'y insérer, d'avoir de la valeur aux yeux de ces garçons, qu'il voulait encore y rester, y demeurer, vagabonder à jamais sur les toits. Mais il ne le pouvait pas, il ne le pouvait plus, malheureusement trop âgé, il serait tout bêtement considéré comme un Poursuivant. Longtemps Naoki s'était demandé pourquoi les Dissidents devaient dissimuler leur identité, à présent il comprenait... Finalement, il était tout de même heureux de faire parti de leurs rangs. Au moins, là-bas, chez eux, chez lui... il avait sa place.

Mais une chose, un détail l'interpela. Ce garçon... ou jeune homme... Enfin, cet individu en phase de devenir un adulte, paraissait avoir atteint ses vingt-deux. Désormais, Orphelin il ne l'était plus. Il appartenait à un autre monde, n'était ni Poursuivant... ni Dissident. Savait-il ce qu'il désirait? Se sentait-il perdu? A moins qu'il préférait vivre en solitaire et combattre pour sa seule survie. Craintif, Naoki se raidit un peu plus. Il voulut reculer d'un pas quand il s'aperçut que le jeune homme s'approchait dangereusement de lui, mais... il aurait paru bien faible en cet instant. Il ne fallait jamais dévoiler la moindre faiblesse face à l'ennemi. Et Naoki s'apprêta à dégainer, retenant son geste quand la main froide et osseuse du jeune homme vint se poser sur la sienne, pour arrêter son geste. Un piège? Voulait-il le distraire pour le tuer plus facilement? Non... Son visage, fin, aux joues creuses et aux yeux soulignés par des cernes, semblait-il, témoignait de toute sa fatigue et sa lassitude. Il ne voulait pas se battre. Il en avait probablement marre de se battre, toujours se battre pour survivre encore dans ce monde qui n'en valait peut-être pas la peine (du moins, aux yeux de Naoki). Ses cheveux d'un noir de jais collaient à sa peau par la sueur et lui donnaient un petit air d'homme malade. Il ne semblait pas être au meilleur de sa forme... Engager un combat ne servait à rien. De toute évidence, cet ex-Orphelin n'était pas en mesure de se défendre pour l'instant.

Alors Naoki se détendit. Ses épaules s'affaissèrent, il se redressa légèrement et laissa ses bras retomber le long de son corps, tandis que cet inconnu lui offrait un sourire épuisé avant de s'éloigner. Où allait-il? Qu'allait-il faire? Encore légèrement tendu, les nerfs à fleur de peau, Naoki s'aperçut avec soulagement que le jeune homme venait seulement de dénicher une couverture brunâtre et qu'il lui tendait, afin qu'il se réchauffe un peu. Le remerciant du bout de ses lèvres, Naoki s'enveloppa donc dans la couverture, sans quitter du regard l'inconnu, surpris par son geste. Il devait être au bord du gouffre pour aider quelqu'un dont il ignorait parfaitement l'identité, ne sachant pas s'il s'agissait d'un Poursuivant ou d'un autre Orphelin. Naoki le regarda s'asseoir et demeura parfaitement immobile, ne sachant s'il pouvait s'approcher ou non. Il demeurait toujours méfiant, en parfait Dissident qu'il était. de toute manière, il était impossible d'accorder sa confiance à qui que ce soit, tôt ou tard... une trahison survenait toujours et tragiquement. Cependant, le jeune homme lui fit signe d'approcher, alors Naoki obéit, avec l'impression de ne plus avoir le contrôle de ses jambes. Il s'installa juste à côté de son vis-à-vis qu'il regarda du coin de l'oeil.


- Je suis Naoki... et vous êtes?

S'il lui expliquait qui il était exactement, ni Orphelin, ni Poursuivant, et qu'il avait effectivement plus de vingt-deux ans, (comment diable avait-il fait pour échapper au Charnier?), Naoki lui proposerait alors ses services. Il proposerait, à ce jeune homme, une toute nouvelle alternative, une seconde vie, une vie bien meilleure, où il n'aurait à craindre personne... excepté les Poursuivants. Cependant, Naoki ne parvenait pas à comprendre que les Orphelins... ne s'en soient pas pris à lui. Lui avaient-ils laissé une chance? Impossible, ils ne laissaient aucune chance à personne, pas même à ceux qui avaient d'excellentes raisons pour ne pas les trahir et donc s'allier aux Poursuivants. Les Orphelins ne plaçaient leur confiance en personne. Peut-être ce jeune homme avait-il été plus malin qu'eux et donc plus malin que Naoki. Il avait su que son heure de mort approchait alors il avait tout simplement fui pour se réfugier dans un endroit oublié de tous où il serait persuadé que personne ne le trouverait. Ah, si seulement Naoki avait fait de même! Cela lui aurait évité de souffrir, d'être en convalescence plusieurs jours de suite... Mais, d'un autre côté, s'il avait pu éviter le Charnier, quelqu'un l'aurait-il découvert? Lui aurait-il proposé d'être un Dissident? Sûrement pas et en ce cas, il serait mort depuis bien longtemps. Ce jeune homme devait s'estimer heureux de l'avoir rencontré car il allait être sauvé.
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Innocence Takahashi
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MessagePosté le: 24/03/2010 13:04:44    Sujet du message: Solyloquy's Clock [Naoki] Répondre en citant

La pluie ...

J'écoute sa rumeur sur les toits avides. Ruisseler en une rivière étincelante sur le verre ou le béton, s'évaporant au gré des nuages qui peuplent encore le ciel. Ce moment est propice aux souvenirs, à la réflexion, à l'abandon. Mes iris ne sont plus qu'un minuscule point noir se détachant à peine de l'azur irisé de ce regard de verre. J'attends sans vraiment trop savoir quoi, bercé soudain par le grelot qui teinte à mon poignet. Je ne peux empêcher ce relent nostalgique de me dévorer. Azusa. Depuis ce jour mes pensées vont vers toi. J'apporte mes ailes aux orphelins en souvenir de ce jour heureux où je t'ai tendu la main. Je t'ai aimé. Je t'ai aimé lorsque les crises assaillaient ma carcasse osseuse, lorsque mes craintes se faisaient dévorantes. Je t'ai aimé pour cette confiance hors norme et cette beauté sauvage. Aujourd'hui tu n'es plus, et pourtant tu es là. C'est comme si parfois derrière mes yeux clos, je sentais ta main se répandre encore dans ma chevelure humide. Flattant mon échine d'un doux effleurement, pour chasser ce que la vie et la maladie m'ont ôté si impitoyablement. Mais je n'arrive plus à faire perdurer le rêve, à le maintenir ici-bas, dans cet humble mirage amidonné. Tu n'es plus. Triste conclusion sur l'autel des Dieux. Tu n'es plus, et j'en suis obsédé, rongé voracement par la folie qui point parfois dans mon sommeil. Azusa. Je ne vivrais probablement plus très longtemps moi non plus. Et je jetterai mon dernier souffle au creux de ces rouages, ma dernière prière adressée à ta mémoire.

La maladie m'emporte, je le sens, je le sais. Et cette idée est finalement plus effrayante que je ne l'aurais cru. Où peux-tu bien être dans cet océan de misère ? Perdu dans l'amas informe des rêves oubliés. Une main posée sur ma poitrine laiteuse. Ma respiration est hésitante, rompue parfois d'un sifflement amer. J'ai mal. Cette brûlure impitoyable se gaussant de ma carcasse malingre. C'est un petit diable venimeux qui s'agite encore, reprend des forces à mesure que le temps passe, pour reprendre ses assauts, et s'emparer enfin de ce qu'il désire. Se repaître de mon souffle léger, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un poumon atrophié. Je soupir, assujettis à cette tristesse infâme. J'ignore où je vais, car le chemin s'effondre à chaque pas vers l'avenir. Ni Orphelin, ni Poursuivant, je ne suis rien, à peine une ombre qui cour sur ces toits avides. Je refuse de me battre encore pour une cause que je sais perdue, mais lorsque je vois ces visages, cette peine se répandre sur leurs traits blafards, je ne peux m'empêcher de voler pour les protéger encore. Les coups ne sont qu'un maigre châtiment en comparaison du bonheur de les voir courir libres sur le monde.

La Lune est belle malgré les nuages.

Mon étrange invité prend place à mon côté, semblant hésiter de par la condition mystérieuse que j'incarne. Est-il troublé ? Dérangé par cette identité ombrageuse que je lui laisse deviner ? Je l'ignore. Et la question ne tarde pas à franchir ses lèvres. Pourtant je demeure silencieux, absorbé soudain par la mélodie audacieuse du grelot à mon poignet. Qui je suis ? Un bien grand mot pour cet humble mirage que j'ai construit. Un façade plutôt qu'un enfant. Tout sourire, tout doux, tout gentil, mais au delà, il n'y a qu'une rivière de larmes, douloureuse et limpide. Innocence n'est qu'une pauvre âme dont le seul désir est de trouver le repos qui lui est dû. Mais il ne viendra pas, je le sais. Et l'errance est sans doute le seul moyen de se perdre à nouveau dans un rêve, et oublier enfin que les toits ne sont pas si merveilleux qu'on veut bien le croire. Je tourne alors la tête, scrutant le visage de nacre de mon invité. Sa beauté n'a d'égale que sa singulière méfiance. Fragile et paradoxalement fort. Je me surprends à imaginer la vie qu'il a bien pu mener sur ces toits, sans pour autant réussir à le deviner. Mais la lueur que je vois briller dans ses yeux en dit long à son sujet et la tristesse m'étreint le cœur comme une amante avide. Il a souffert et souffre encore. Peut-être que je viens de dévoiler l'envers de mon propre miroir, abandonné sur les traits de Naoki.

Je me balance légèrement, affaiblit par l'asthme encore présent.

" A Diamonds, on me nomme le Lièvre de Mars. "

Un simple murmure cristallin qui s'échappe de mes lèvres blanches. A quoi bon lui donner mon vrai nom, puisque Innocence n'existe que pour moi, dans un cauchemar oublié. Je lui souris pour l'apaiser devant tant de mystère. En rien, je ne désir l'offenser, mais une voix m'ordonne de me méfier des coups à venir. Je sais. Quinze ans, mais c'est comme si dix ans venaient de s'écouler en quelques mois. Ma candeur s'est effondrée avec la perte, le viol, et la chasse. Je ne peux tolérer les images qui gagnent soudain mon esprit, et ce rictus satisfait de l'adulte repu de désir. Le trouble gagne les traits de mon visage blafard, laissant paraître quelques secondes une tristesse immense dans mes iris azurées. Je me lève, pour ne pas complètement me dévoiler. Dans un coin de mon repaire, je déniche un sac de toile usée, duquel je sors deux pommes. Mon repas pour les deux jours à venir, mais tant pis. La fin semble s'approcher pour moi, dévorant ces ailes blanches auxquelles je tiens tant. Un pas, puis deux. Je m'avance vers le nouveau venu et lui tend le fruit, l'incitant à le manger d'un sourire. Mon corps reprend place, appuyé contre la paroi de l'horloge éventrée. Ma faim est maigre, et je renonce à me nourrir, préférant allumer une cigarette pour chasser ce goût amer qui se presse entre mes lèvres.

J'ignore ce que je cherche encore ici bas. Je ne peux plus feindre la joie. Je n'y arrive pas. Du moins plus ce soir. Et le masque s'effrite lentement, se brise en un millier de morceaux épars. Les larmes roulent sur mon visage inexpressif, mais je n'y prête pas attention, encore scindé entre le Lièvre et Innocence. Je tire une latte de ma clope, laissant la fumée s'enfuir dans l'air. L'odeur est enivrante, mais les gouttes salées de ma tristesse s'évapore toujours de mes iris azurées. Le contraste est probablement d'autant plus saisissant que aucune expression ne vient troubler mes traits, et les déformer en une grimace enfantine. Je n'existe plus pour personne. Juste un murmure qui s'élance ici-bas, entre les murs de Diamonds. Une inspiration douloureuse. La crise est de nouveau là, prête à dévorer ce qui me reste de vie. Je lutte en vain. La maladie me prendra bientôt.

" Qu'est ce qui vous amène à l'horloge des Dieux ? "

Une question à mon tour pour oublier que plus rien ne sera jamais pareil. La fumée s'en va loin de nous, et de cette misère que nous semblons traîner derrière nos carcasses fébriles. Le jeu à présent, est de savoir quand le masque du Lièvre se brisera complètement. Je laisse donc courir un sourire amer sur mes lèvres blanches. Le temps, encore et toujours, n'est qu'un mirage bien tendre.

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MessagePosté le: 22/09/2017 20:03:59    Sujet du message: Solyloquy's Clock [Naoki]

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